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Élégance Nautique,Hygiénisme, et Pollution de la Seine au XIXe Siècle



Durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle, les rives de la Seine et de la Marne, notamment autour d'Asnières ou de Bougival, s'imposent comme le décor privilégié d'une nouvelle sociabilité bourgeoise dédiée aux loisirs nautiques.

Ferdinand Gueldry, Mise à l'eau d'un outrigger à huit, 1907
Ferdinand Gueldry, Mise à l'eau d'un outrigger à huit, 1907

La pratique de l'aviron ou canotage s'y développe de manière spectaculaire, entraînant avec elle une codification stricte des apparences et des comportements.


Toutefois, derrière la surface chatoyante de ces rassemblements sportifs se cache une réalité moins saine, ils évoluent, plongent et se baignent dans un véritable cloaque.




Le Cercle Nautique d’Asnières. De l'Apparat Aristocratique à la Pratique Sportive



Au milieu du dix-neuvième siècle, les pionniers du canotage se présentent sur les pontons dans des tenues inadaptées à l'effort physique. 


Selon Alphonse Karr et Léon Gataye en 1858, il n'était pas rare d'observer des rameurs  vêtus de paletots lourds, les mains engoncées dans des gants immaculés. L'aviron n'est alors qu'un prolongement de la vie de salon, un divertissement de représentation.


L'évolution vers une véritable ergonomie sportive trouve son origine dans les luttes d'influence au sein des premières institutions nautiques.



Édouard Manet, En Bateau, 1874
Édouard Manet, En Bateau, 1874

À Asnières, une initiative menée par John Arthur donne naissance à un cercle sur le modèle des clubs de la Tamise, bientôt installé dans une magnifique villa de bords de Seine ; mais l’esprit trop mondain du groupe conduit à sa dislocation.


En 1855,  les membres français en reprennent la direction pour fonder le Cercle Nautique d'Asnières.



Gustave Caillebotte, Partie de bateau, 1878
Gustave Caillebotte, Partie de bateau, 1878

L'administration du nouveau cercle bannit les tenues disparates, le choix se porte sur un maillot et d'un pantalon en flanelle blanche et sur chapeau de paille orné d'un ruban bleu clair. La commodité et les prémices  d’une hygiène sportive se mettent en place. Édouard Manet le mettra en peinture dans son En bateau.


Quant à Ferdinand Gueldry, il met en image les assauts de la Seine par les équipes sportives des avironneurs.  



La Réalité Sanitaire Macabre 



Au moment même où les canotiers arborent leurs flanelles blanches immaculées dans l'optique d'une pratique hygiéniste, les eaux qu'ils fendent sont devenues de véritables cloaques.


Sous l'impulsion des découvertes de Louis Pasteur, on découvre que les eaux de la Seine sont  contaminées par des centaines de milliers de bactéries et microorganismes toxiques.


Les alluvions sur lesquelles poussent les saules pleureurs sont en réalité constituées de l'écume des égouts parisiens et de strates d'ossements. Les lieux de détente de la bourgeoisie sportive et des travailleurs parisiens en goguette le dimanche s'avèrent être d’une grave inconformité sanitaire, entre écoulement des eaux non traitées des égouts de Paris en aval de la capitale, zones d’épandages des matières fécales aux alentours de Bougival et l'entassement progressif des industries polluantes.


Le décor des sportifs et impressionnistes n’est pas ce à quoi on s’attendrait, il empuantait littéralement. Les spectateurs confrontés à la brutale peinture d'Édouard Manet Argenteuil, ou Étendre le linge qui semblerait plus douce de Berthe Morisot, en avaient conscience, d’où leur dégoût.




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