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Édouard Manet  et Thomas Couture, Apprentissage et Incompréhension

Dernière mise à jour : 28 avr.



Paris, 1850.


Édouard Manet a dix-huit ans quand il choisit d’apprendre la peinture à l’atelier du maître Thomas Couture, réputé moins strictement académique que ses confrères.

 

Il reste chez Couture pendant presque six ans, jusqu’au début de l’année 1856. Y étudie également son compagnon de collège Antonin Proust, témoin de ces années d’apprentissage et rapporteur des anecdotes qui ont contribué à la construction de la mémoire du personnage.




L'Atelier comme caveau, L'Académie comme artifice



Le cadre même de l'apprentissage constitue pour le jeune Manet  un lieu d’enfermement, une sorte de sépulture, lui qui rentre de mois passés en mer comme pilotin, dans un espace baigné de lumière naturelle.


Vite, Manet prend ses aises et fustige l'artificialité des éclairages, les ombrages imposés par la doctrine académique de l'époque. 


Si une forme de familiarité parvient à s'installer entre le maître et les élèves lors de moments d'évasion loin de Paris, les retours quotidiens dans l'espace de travail se traduisent par des altercations entre Manet et Couture.


Car Manet revendique une peinture dictée par l'observation directe de la réalité, plutôt que par les attentes formelles du milieu. Soutenu par certains de ses compagnons d’atelier, Couture l’invita sarcastiquement à déguerpir et à fonder sa propre école, une remarque qui entraîna l’absence du jeune peintre pendant un mois.


Ces témoignages reposent sur les souvenirs d’Antonin Proust en 1913, qui a pu enjoliver l’histoire pour servir à la construction d’un Manet né pour être le chef de l’école moderne qu’on connaît.



Les Refus des "demi-teintes"



Thomas Couture, Mademoiselle Poinsot, 1853
Thomas Couture, Mademoiselle Poinsot, 1853

Lors de la présentation , par Couture, du portrait qu'il  venait de peindre de Mademoiselle Poinsot, un désaccord opposa les deux hommes au sujet du rendu de la lumière.


Couture, plutôt ouvert, avait à cette occasion invité les élèves à formuler un jugement, et Manet dénonce une coloration excessivement lourde, due à une surabondance de demi-teintes.


Pour le jeune artiste, l’accumulation de dégradés subtils nuisait à la vérité de l’œuvre,  forçant l’œil à percevoir des détails qui n'existent pas dans l'observation spontanée. 


Il préconisait au contraire une rupture nette et franche entre les zones éclairées et les zones sombres, afin de restituer la sensation immédiate de contraste. 


Le maître percevait cette approche comme un manque de rigueur et préféra tourner la critique en dérision, jugeant l'élève doué mais définitivement rebelle aux principes fondamentaux de la peinture.



Les Bonnes Leçons de Couture



A la lecture du traité de peinture de Couture publié en 1867 sous le titre Méthodes et entretiens d’atelier, on découvre que Couture n’était pas de ces académiciens rigoureux.


Il connaît et partage son admiration pour l'esthétique de l'ébauche; un si beau rendu qu'il comprend ces artistes hésitants, tentés de ne pas franchir l'étape suivante qui risquerait, par le fini, de gâcher la spontanéité du premier jet.


Mais il admet par ailleurs que cette beauté d'ébauche n’est qu’un leurre ; montrée en public, elle fait pâle figure et le fini s'impose. 


Ce qui ne l'empêche d’insister dans son enseignement, et plus que ses pairs, sur l'importance de l'ébauche, de ces tracés rapides au chiffon dont se souviendra son élève.


Manet, raconte Proust, répondit un jour à un camarade d’atelier l’encourageant justement à terminer son travail, que lui, Manet, n’allait quand même pas finir sa toile comme un peintre d’histoire ! Le summum pour Couture et ses pairs était pour lui une fin de non-recevoir. Jamais il ne serait de ces peintres d’Histoire, lécheurs de toiles et pompiers qu’il abhorrait. 



La Fracture définitive: Le Buveur d'absinthe



Édouard Manet, Le Buveur d'absinthe, 1859
Édouard Manet, Le Buveur d'absinthe, 1859

En 1859, Manet présente au jury du Salon une toile ambitieuse, dans la veine des Velázquez qu’il a admirés trois ans auparavant à Madrid. La toile est rejetée par le jury, alors même que le style espagnol est à nouveau en vogue à Paris. 


L'artiste soupçonne fortement son ancien professeur d'avoir orchestré le refus, en influençant le jury avec lequel il partageait une vision conservatrice de l'art. Il est vrai que pour la première entrée de son élève au Salon, le maître aurait rêvé de mieux.


On apprendra que Couture s’était rendu à l’atelier de Manet, rue Lavoisier, vit la toile en question, Le Buveur d’absinthe, et prononça quelques mots blessants : c’était bien une histoire d’ivrognerie, mais celle de celui qui avait peint la toile navrante. 


La rupture était consommée. 




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