Rien n’est Beau que le Laid ! Gustave Courbet selon ses détracteurs
- Art d'Histoire
- 18 mars
- 4 min de lecture
Dans la France du milieu du dix-neuvième siècle, les gardiens de l'école française sont défiés par une école concurrente, celle de Courbet dont le réalisme s’affranchit des conventions classiques pour assumer, voire glorifier, la laideur de la vie quotidienne.
Champfleury défend, la critique traditionnelle ne comprend pas, la caricature s’en délecte, et Courbet de s’en enorgueillir, voire d’en rajouter.
Courbet Donne au Public du Laid en très Grand
Entre 1849 et 1855, quatre toiles blessent le bon goût du public et des spécialistes, Les Paysans de Flagey (2.05 x 2.75 m), Les Casseurs de pierre (1.65 x 2.75 m ) Un enterrement à Ornans (3.13 x 6.64 m) et Les Baigneuses (2.27 x 1.93 m).

Si c’est tableaux avaient été plus petits, ils passeraient pour de la peinture de genre dans la veine hollandaise du grand siècle.
Mais s’imposant dans la taille de la peinture d'histoire, monumentale dans le cas d'Un Enterrement, Courbet exhibe la misère humaine sans mesure, sans compassion, sans falsism.
Le Renversement des Valeurs Classiques
L'art officiel continue à préférer le corps idéal aux difformités anatomiques même si ses normes se modernisent. Revenons au principe d’esthétique classique de Nicolas Boileau :
“ Rien n'est beau que le vrai. Le vrai seul est aimable ”
Ce vrai reste dans la première moitié du XIXe un vrai métaphysique, soit une beauté idéalisée, non nécessairement observable. Sous la plume ironique de Théophile Gautier horrifié par les tableaux de Courbet, le principe devient :
“Rien n'est beau que le laid, le laid seul est aimable”.
Il poursuit en accusant le peintre de se complaire dans un maniérisme d’un genre nouveau qui sert désormais non plus la grâce mais la disgrâce.
Champfleur, partisan du vrai sans filtre que représente Courbet, s’offusque de cette distorsion des mots de Boileau ; pourquoi Courbet serait-il ainsi condamné, lui qui marche dans les traces d’un Victor Hugo. Le texte initialement rédigé sous forme de lettre à George Sand deviendra ce qu’on appelle le Manifeste du Réalisme publié en 1855.
Le laid que lui reprochent Gautier ou Charles Perrier est une reproduction de la réalité exempte de noblesse, une représentation des estropiés et miséreux avec la froideur objective d'une plaque photographique, monstrueuse, abjecte, sans compassion.
Non qu’ils défendent la peinture de sujets exclusivement nobles mais qu’au moins Courbet ait la décence de les traiter avec panache, fougue ou dignité comme avant lui les Espagnols, les Flamands, ou un Delacroix.

Les caricatures esquissées par le Cham ou Daumier témoignent de cette stupéfaction générale. Les peintures de Courbet affichent, et en grand, des monstruosité puantes et des gnomes difformes.

A cela s'ajoute une certaine incompréhension: pourquoi aussi maltraiter les classes laborieuses et les marginaux quand on se dit politiquement de gauche. Pourquoi ne pas en donner une représentation complaisante?
La fonction politique du laid : Proudhon


Pierre-Joseph Proudhon, l’ami politique, apprécie ce traitement défavorable parce qu’il est formateur. Prenons le cas des Baigneuses. Leur graisse franchement débordante enseigne au spectateur que l'indolence de la femme bourgeoise est laide et repoussante. Au contraire la Fileuse de Courbet, paysanne sagement endormie après son labeur reflète l'idéal social et politique de Proudhon.
Satire Visuelle et Provocation : L'Art du Choc
Loin d'être intimidé par ce déchaînement médiatique, le peintre s'en délecte et pousse la provocation à son paroxysme.

Il annonce la peinture d’une scène de repas funéraire franc-comtois, organisée autour de la dépouille d'une jeune fille, un projet souvent associé à La Toilette de la mariée, toile non achevée.
Il s’agirait plutôt d’une toilette de défunte, le miroir lui faisant face permettant de confirmer qu’aucun souffle n’émanait de ses poumons. Courbet entend restituer les teintes verdâtres d’un corps en putréfaction ; il peindra une puanteur et jubile !
On lui reprochera d’avoir ainsi créé l’école du laid (Le Comte Horace de Viel de Castel en 1853) expression qui deviendra un générique du vocabulaire critique.
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