Qui eut l’idée d’appeler "Japonisme" cette révolution des arts occidentaux au contact du Japon ?
- Art d'Histoire
- 1 mai
- 3 min de lecture
À partir de la fin des années 1850, avec l'ouverture du Japon au commerce mondial, liée à la fin de l'isolationnisme imposé, le Sakoku,des objets japonais entrent en masse sur les marchés occidentaux, par « ballots » entiers.
Une nouvelle visibilité se révèle et bouleverse l'esthétique européenne, de la décoration au vêtement en passant par les beaux-arts. Il fallait inventer un nom à cette mode ou à cette révolution. On l'appela Japonisme.
Qui en a inventé le terme ? Comment les premiers critiques ont-ils pu appréhender ces curieux objets, dessins et gravures, eux qui ignoraient jusqu’à la culture et la langue dans lesquelles ils avaient été conçus ?
Une paternité confuse
L'historiographie a quelque peu erré… La tradition a longtemps considéré le critique Jules Clarétie comme le père de l'appellation, l'ayant utilisée en 1872 dans sa revue du Salon. Lui-même attribue, une douzaine d'années plus tard, l'invention du terme à un autre confrère, Ernest Chesneau.

Pourtant, l'inventeur du terme Japonisme n'est autre que le critique Philippe Burty ; il en revendique la paternité dans un texte publié en anglais à l'été 1875. Cette publication outre-Manche n'était en fait que l'adaptation d'une série d'articles parus au printemps de 1872 dans La Renaissance littéraire et artistique. Ces écrits prouvent que Philippe Burty, dont les traits ont été immortalisés par le portraitiste Étienne Carjat en 1873, a non seulement baptisé le mouvement, mais en a également initié l'étude de cette influence, avant qu'un deuil familial ne vienne brusquement interrompre son travail de publication.
Une approche naturaliste par l'Image
Burty apparaît tiraillé entre l'attrait pour une culture visuelle et l'incapacité d'en saisir les codes linguistiques. Il tente quelques cours de japonais ; on note sa présence aux cours de Léon de Rosny au Collège de France, mais il reste totalement inepte en phonétique et en écriture japonaises.
De telle manière qu'incapable de déchiffrer la moindre inscription accompagnant les gravures, il assume une posture strictement visuelle et empirique,compensant son ignorance des textes par une méthode d'observation qu'il compare à celle d'un chercheur naturaliste.
Au lieu de lire les œuvres, il les scrute et analyse, à partir des critères esthétiques européens, les formes japonaises, en particulier celles du maître Hokusai.
Le critique aborde ainsi l'art des Japonais à travers le prisme exclusif de sa plasticité, indépendamment de toute signification littéraire ou culturelle.
L'ancrage du vocable
Le terme largement répété s'institutionnalise, intégrant les pages du dictionnaire de Pierre Larousse dès l'année 1878 et le dictionnaire des termes artistiques de Jules Adeline au milieu des années 1880. On parlera de Japonisme ou Japonism, Japonismus en allemand, en anglais…
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