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La collection d’estampes japonaises de Van Gogh



À partir de l'ouverture forcée du Japon en 1854 et de la signature de traités de commerce qui s'ensuivirent, les grandes villes américaines et européennes voient affluer des objets du Japon, suscitant une curiosité d'abord discrète, puis envahissante.


Vincent van Gogh commence à acquérir ces images venues du Soleil Levant, d'abord à Anvers, puis en grand nombre à Paris.


Vincent van Gogh, Autoportrait à l'oreille bandée, 1889
Vincent van Gogh, Autoportrait à l'oreille bandée, 1889

Il en tapisse les murs de ses ateliers et de ses chambres et, en ancien courtier en art, envisage de constituer un stock pour spéculer plus tard. Mais au-delà, Vincent, qui vécut constamment, à partir de 1885, au milieu de ces images, quoique nous n'en ayons pas les preuves durant son internement à St-Rémy, se laissa très largement inspirer par ses compositions et ses couleurs venues de l'autre bout du monde. 



Les prémices anversoises, premiers épinglages



Sa rencontre avec l'estampe japonaise débute à Anvers, dans les derniers mois de l'année 1885.

Van Gogh en acquiert quelques-unes, vraisemblablement dans les boutiques du port, et décide de les épingler aux murs de son atelier afin de rendre son environnement plus agréable et plus gai. Encore aujourd'hui, certaines gravures issues de son stock portent les marques de perforations à l'aiguille.


À cette époque, il ne formule aucune analyse de l'étrangeté plastique ni des audaces de composition des artistes japonais. Il se laisse simplement divertir par la légèreté des sujets abordés: des figures féminines dans des jardins, des cavaliers, ou encore des branches d'aubépine fleuries.


Il a pu mettre la main sur ces curieuses images après l'Exposition universelle d'Anvers, achevée au début du mois de novembre 1885.


Si le Japon n'avait présenté ni son propre pavillon ni même une section japonaise, des maisons de thé et des délégations des Pays-Bas avaient fait venir des gravures. Une fois l'événement terminé, ces pièces furent rachetées et bradées par de petites boutiques de curiosités situées près du port, où Vincent, se promenant, réalisa ses premiers achats d'estampes.



Les décorations systématiques de ses murs à Paris en Provence à Auvers



Cette habitude de tapisser son espace de vie perdure.


À peine arrivé à Paris,Vincent commence par recouvrir la chambre qu'il occupe chez son frère avec ce qu'il appelait, à tort, des crépons, largement disponibles dans la capitale. 


En mai 1888, à Arles, il trouve un petit atelier équipé d'un "cabinet d'aissances"  pour aisance, mais synonyme d'essence ou de parfum — chez le voisin propriétaire — et projette d'entapisser les murs de "Japoneries". Erreur orthographique ou jeu de mots ? La contemplation de ces délicates gravures pourrait, par une sorte de transfert sensoriel, guérir ou masquer les odeurs nauséabondes des commodités en question.


 En 1889, il accroche dans sa chambre à l'hôpital d'Arles deux planches tirées du Japon artistique édité par Bing, cherchant à égayer l'austérité des murs.


Et jusqu'à ses derniers jours passés dans la chambre de l'auberge Ravoux, à Auvers-sur-Oise, les murs resteront couverts de ces estampes que le fils du docteur Gachet récupérera par la suite.


Les marques de ces épinglages sont  encore visibles. À titre d'exemple, l'estampe intitulée Rivière Sakawagawa, série Tōkaidō, réalisée en 1863 par Utagawa Hiroshige II, conserve dans les coins la trace d'une perforation d'aiguille témoin silencieuse de l'accrochage sur les murs.



Paris, la fièvre d'achats



Si la période belge marque une première approche purement décorative, l'étape parisienne révèle une frénésie d'acquisitions spéculatives.


Van Gogh constitue un vaste stock, qualifié de « dépôt », principalement auprès de l’incontournable marchand Samuel Bing, dont les combles de la rue Cauchoix regorgeaient de dizaines de milliers de paysages, de figures et de feuilles anciennes.


L'artiste raconte avoir fouillé dans ces réserves, profitant de bas prix. Il s'y rendait assidûment, traitant parfois avec Lévy, le responsable de la boutique.


Sa comptabilité minutieuse nous apprend qu'il déboursait à peine quelques sous par pièce, en spéculateur, anticipant qu'un investissement minime, d'une centaine de francs, lui permettrait de repartir avec un stock de plus de six cents nouvelles gravures.


L'ancien courtier refait ainsi surface. Il est persuadé que le marché de l'art japonais finira par se tarir et que la valeur de son stock grimpera au fil des années.


Ce « dépôt » sert également de monnaie d'échange. Près d'une centaine d'images manquantes ont ainsi été troquées avec d'autres artistes, notamment avec le peintre Émile Bernard, à moins qu'elles n'aient été revendues.



L'héritage du Musée Van Gogh mis en valeur



La collection d'estampes japonaises compte aujourd'hui plus de cinq cents pièces, précieusement conservées par Johanna van Gogh-Bonger après les décès successifs des deux frères. 


La sélection ne fut certainement pas toujours guidée par des critères strictement esthétiques. Les choix semblent parfois aléatoires, bien qu'une prédominance se dégage en faveur des estampes aux couleurs saturées et d'un nombre élevé de bijin-ga

Utagawa Kunisada, Two Kneeling Attendants and One Standing Attendant, panneau central,1854
Utagawa Kunisada, Two Kneeling Attendants and One Standing Attendant, panneau central,1854

Le panneau central du triptyque de 1854, intitulé Two Kneeling Attendants and One Standing Attendant, produit par Utagawa Kunisada, figure parmi les acquisitions notables conservées dans le fonds.


L'ensemble a fait l'objet d'une campagne de numérisation menée par le Musée van Gogh d'Amsterdam dans le sillage d'une exposition organisée en 2018.


Qu'elles aient été acquises dans le but de spéculer ou simplement pour égayer ses murs, les estampes japonaises ont largement influencé son art, par leur composition, leurs couleurs, sans compter les encres japonaises dont il émule le trait à l'encre au crayon et à l'huile



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