Pourquoi Édouard Manet a-t-il fait construire son propre pavillon d'exposition en 1867 ? L'histoire du Pavillon de l'Alma
- Art d'Histoire
- 15 janv.
- 3 min de lecture
L'histoire de l'impressionnisme retient souvent le Salon des Refusés de 1863 comme l'acte fondateur de la modernité. Or, il est existe de nombreux autres précédents collectifs et individuels, qui ponctuent ce chemin vers l'autonomie des modernes.
Alors que l'Exposition universelle de 1867 bat son plein à Paris, Édouard Manet, dont les œuvres avaient été rejetées en 1866 par le jury officiel, décide de ne pas attendre une hypothétique admission et reconnaissance en 1867.
S'inspirant de l'audace de Gustave Courbet douze ans plus tôt, il fait ériger son propre bâtiment pour y montrer ses toiles, transformant une exclusion administrative en une entreprise commerciale et artistique privée.
Une entreprise coûteuse financée par sa mère
Contrairement à la légende de l'artiste bohème, Manet est un homme de bien, issu de la haute bourgeoisie et dispose de ressources, et de soutiens familiaux solides.
Pour financer son pavillon, il s'endette auprès de sa propre mère et le 15 décembre 1866, signe une reconnaissance de dette de 18 300 francs, une somme importante pour l'époque. Cet argent sert à la construction d'un pavillon en bois situé à l'angle de l'avenue de l'Alma et de l'avenue Montaigne, sur un terrain loué au marquis de Pomereu.
L'objectif est clair : contourner le jury. Comme il l'écrit lui-même dans le catalogue de ce pavillon de l’Alma, Manet, 1867, « montrer est la question vitale » pour l'artiste.
Il y expose cinquante toiles, espérant que le public, une fois familiarisé avec sa peinture, finira par l'accepter et par voir fondre les « rudesses primitives » qu'on lui reproche.
Le paradoxe du révolutionnaire en "bottines anglaises"
Ce qui frappe dans cette aventure, c'est le contraste entre soit-disante vulgarité de la peinture de Manet et son allure personnelle.

Loin de l'image du "rapin" débraillé ou du socialiste virulent que certains critiques croient voir en lui, Manet est un mondain raffiné.
Il déteste le style négligé. Toujours tiré à quatre épingles, il reçoit dans son atelier chaussé de bottines anglaises, vêtu comme en sportsman.
Émile Zola s'amuse d'ailleurs de ce décalage, décrivant un Édouard Manet, artiste et Bourgeois menant une existence réglée, adorant les soirées brillantes et les salons parisiens.
Ce besoin de distinction sociale ne l'empêche pas de faire payer l'entrée de son exposition 50 centimes, adoptant une stratégie commerciale directe, dite d'exhibition, pour rentabiliser son investissement.
La jalousie insoupçonnée de Courbet
L'initiative de Manet ne manque pas d'agacer ses aînés, et en particulier Gustave Courbet, qui avait ouvert la voie en 1855 avec son propre Pavillon du Réalisme.
Courbet, qui réitère d'ailleurs l'expérience en 1867 avec sa "Cathédrale" située tout près de là, voit d'un très mauvais œil ce voisin encombrant.
Dans une lettre privée adressée à son architecte Léon Isabey, le maître d'Ornans ne mâche pas ses mots. Il qualifie l'exposition de Manet de « sottise » et traite son cadet d'homme « sans talent » qui cherche uniquement à « arriver comme Nadar » par le scandale.
Il se plaint amèrement d'être obligé de le soutenir par principe, puisqu'il a lui-même donné l'exemple de l'indépendance, tout en craignant que le gouvernement ne le rende responsable de cette émulation.
Cette rivalité secrète, révélée par Courbet à Isabey, montre bien que la solidarité entre les artistes refusés était loin d'être totale.
Malgré ses efforts, l'exposition de Manet fut un échec commercial et critique. Le public s'y rendit principalement pour rire des œuvres, transformant le pavillon en un théâtre de moqueries où l'on venait se « dilater la rate » devant Le Déjeuner sur l'herbe et Olympia.
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