Impressionnistes, Intransigeants ou Capucines ? La Guerre des Étiquettes
- Art d'Histoire
- 24 janv.
- 3 min de lecture
En 1874, lorsque le célèbre groupe de peintres décide de s'organiser pour sa première exposition, il choisit délibérément un titre administratif et neutre : la "Société anonyme coopérative des artistes peintres, sculpteurs et graveurs". Ce choix n'était pas anodin ; il visait à éviter toute polémique et démontrer la volonté de vendre et non de constituer une école stylistique. Pourtant, l'histoire de l'art, le public et la critique ne l'entendirent pas de cette oreille, déclenchant une véritable épopée sémantique pour qualifier cet art nouveau.
La Fleur de Degas : Une tentative d'apaisement
Bien avant que le terme "Impressionnisme" ne s'impose, Edgar Degas tenta d'orienter l'identité du groupe vers une respectabilité bourgeoise. Hanté par la crainte d'être assimilé à un nouveau "Salon des refusés", il recrute des salonniers. Il milita activement pour rallier Tissot et Raffaeli.
C'est dans cette optique que le groupe jeta son dévolu sur l'ancien atelier du photographe Nadar, situé boulevard des Capucines. Saisissant cette opportunité géographique bourgeoise et commerciale et souhaitant éviter à tout prix de paraître révolutionnaire, Degas fit une proposition logique à ses camarades : baptiser le groupe "La Capucine". Il suggéra même d'utiliser cette fleur comme emblème sur les affiches de l'exposition. Cette tentative de "branding" floral et inoffensif fut cependant rejetée par le groupe.
Le "malheureux" accident de Monet et l'ironie de Renoir

C'est finalement le public et la presse qui tranchèrent, par dérision, devant le tableau de Claude Monet, Impression, soleil levant. Ce nom, qui allait devenir mondialement célèbre, ne faisait pourtant pas l'unanimité parmi les créateurs. A titre d'anecdote, rappelons que 1. ce ne fut qu'exaspéré par la nécessité de fournir un titre au catalogue que Monet jeta en l'air Impression, soleil levant ; et 2. nul n'est totalement sûr que ce fut bien ce tableau qui fut exposé et non une autre marine, Soleil levant, aujourd'hui au Musée Getty de Los Angeles.Getty Museum sous le titre de Soleil Levant (Marine)
Des décennies plus tard, Claude Monet confiait encore son regret d'avoir été responsable du nom donné à un groupe dont la plupart n'avaient rien d’impressionniste.
Auguste Renoir, quant à lui, s'était d'abord opposé à tout titre ayant une "signification précise", craignant qu'on ne parle immédiatement de "nouvelle école". Il refusa des noms comme "Les Trente-Neuf". Pourtant, avec son ironie habituelle, il racontera plus tard avoir insisté pour garder ce qualificatif donné par moquerie. Son but était de transformer l'insulte en avertissement commercial pour les passants.
Le verdict de l'Histoire
La confusion persista quelques années. On les appela "Intransigeants", "Indépendants", ou encore "Réalistes". Un critique en 1882 scella logiquement le débat. Il rejeta le terme "Indépendants" (car, disait-il, on dépend toujours de quelqu'un ou de quelque chose en art) et celui d'"Intransigeants" (puisque plusieurs artistes, non des moindres, avaient fini par retourner au Salon officiel). Il conclut qu'il fallait s'en tenir au mot "Impressionnistes", car il disait clairement ce qu'ils étaient ni plus, ni moins.
Reste que toutes leurs toiles ne répondaient pas toujours à une impression faite sur le vif et rapidement.
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