Les "Intransigeants" : Le nom de code révolutionnaire des Impressionnistes
- Art d'Histoire
- 23 janv.
- 3 min de lecture
L'histoire a retenu le terme poétique et léger d'« Impressionnistes », dérivé du tableau de Monet. Mais saviez-vous que ce groupe mythique a failli passer à la postérité sous un nom bien plus dangereux, évoquant la poudre à canon et l'anarchie ? En 1874, dans la presse et les salons parisiens, on n'hésitait pas à les appeler les « Intransigeants », dont la connotation politique n'échappait à personne.
A l'Ombre des Révolutionnaires Espagnols

Pour comprendre la violence de ce surnom, il faut se replonger dans le contexte politique de l'époque. Le terme ne désignait pas simplement des artistes têtus. Il faisait directement référence à l'actualité internationale : les Intransigentes espagnols, une faction de l'extrême gauche républicaine qui avait fomenté un coup d'État et une insurrection fédéraliste en1873 justement.
Associer les peintres de la lumière à ces émeutiers n'était pas anodin. C'était une manière pour la presse conservatrice de souligner une dissidence radicale, suggérant que Monet, Renoir et Pissarro n'étaient pas seulement des révoltés du pinceau, mais potentiellement des complices moraux des Communards exilés... ce qui est faux.
Caillebotte et le "Salon des Intransigeants"
L'hésitation sémantique dura plusieurs années. En avril 1874, un journal annonçait un « Salon des intransigeants », Claude Monet devient un Manet en plus intransigeant, dont l'art est mûr pour renverser les "finisseurs" académiques comme Bouguereau ; le public confondait d'ailleurs parfois leur nom,
Cette double identité était si prégnante que Gustave Caillebotte lui-même, en rédigeant son testament à l'âge de 28 ans, utilisa les deux termes pour être sûr d'être bien compris. Pour les initiés, les deux mots étaient alors synonymes.
Pourquoi ils ont opté pour "Impressionniste"
Si le terme « Intransigeant » avait l'avantage de montrer leur détermination, il devint rapidement un boulet politique. Avec l'élection de Georges Clemenceau, proche des impressionnistes, et la montée des revendications radicales (amnistie des Communards, séparation de l'Église et de l'État), le mot se chargea d'une lourdeur toujours plus grande.
Les critiques hostiles commencèrent à mélanger art et psychiatrie, traitant ces peintres de « fous » et d'anarchistes. Pour éviter d'être définitivement catalogués comme des terroristes de l'art ou des aliénés mentaux dangereux pour l'ordre social - autre parallèle peu gratifiant -, le groupe finit par trancher. Ils adoptèrent un temps le nom d'impressionnistes — un terme qui, bien que moqueur à l'origine, renvoyait à une théorie esthétique politiquement inoffensive plutôt qu'à la barricade. Se trouver un nom ne faisait en fait pas l'unanimité et révélait la nature autonome de chaque participant.
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