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La Guerre du "Fini" : Pourquoi l'exécution impressionniste faisait peur et remettait en causes les normes académiques de la peinture

Dernière mise à jour : 24 janv.




En 1883, Lucien Pissarro écrit à son père Camille depuis Londres pour lui rapporter les réactions du public face à leur peinture. Le constat est amer : la plupart des observateurs n'aiment pas et opposent toujours l'argument du “ce n'est pas fini” ». Lucien note même qu'il faut absolument empêcher les gens de regarder les tableaux de trop près, sous peine de provoquer une véritable stupeur face à leur exécution...comme Delacroix en son temps traité de barbouilleur.




Le Fini : Une Question de Perspective, pas de Propreté




Pour comprendre ce rejet, il faut saisir ce que le terme "fini" signifiait pour l'œil du XIXe siècle. Il ne s'agissait pas seulement de propreté, mais de « perspective sentimentale ». Selon la théorie académique, le degré de précision servait à placer les objets dans l'espace : le peintre devait doser la définition pour faire avancer ou reculer les plans.


Comme l'expliquaient les traités de l'époque, imiter la nature exigeait de respecter les effets de vapeurs de l'air qui floutent les lointains. Un tableau était considéré comme "fini" non pas quand il était lisse, - encore que la trace du pinceau dénonçait l'origine manuel du métier et non celle intellectuelle du noble peintre académique -, mais quand il imitait parfaitement la nature « de la place où il doit être vu ». Vouloir trop détailler les objets éloignés était perçu comme une erreur technique, un moyen de les « rapprocher de votre œil » artificiellement.



Le "Léché" contre la "Machine" Bouguereau



Le débat s'est cristallisé autour d'une nuance cruciale : la différence entre le "fini" (nécessaire) et le "léché" (excessif). Les textes académiques eux-mêmes condamnaient le léché comme un mensonge contre la nature, car il finissait durement ce qui devait rester « moelleux ».


C'est sur ce point que certains critiques prirent la défense de la nouvelle peinture. Face aux toiles d'un William Bouguereau, aux chairs d'ivoire ou de pâtissier et à l'exécution aussi régulière qu'une « machine », il préférait encore les irrégularités des dits « intransigeants ». Il prophétisait avec ironie qu'on finirait par inventer « une machine qui fera des Bouguereau », la caméra est au tournant.



La Réaction Impressionniste



L'impressionnisme est donc perçu par ses contemporains comme une réaction radicale contre cette peinture « astiquée » comme un miroir. Cependant, pour des détracteurs, les impressionnistes abusaient de cette liberté. En refusant le fini même sur de petits tableaux destinés à être vus de près, ils s'épargnaient la difficulté du travail du fini, choquaient l'œil par une exécution bâclée, rappelant l'esclandre qui opposa Ruskin à Whistler.



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