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Pourquoi l'Olympia de Manet a-t-elle failli être lynchée par le public en 1865 ?



Si le Déjeuner sur l'herbe exposé au Salon des refusés avait provoqué des rires en 1863, l'exposition d'Olympia au Salon de 1865 a déclenché une véritable fureur.

Jamais peinture n'a provoqué autant de moqueries, de huées et de menaces physiques de la part du public et de la critique...se souvient Antonin Proust.


Loin de voir dans cette œuvre la modernité que nous célébrons aujourd'hui, les contemporains de Manet n'y ont vu qu'une provocation vulgaire, traitant la toile comme une plaisanterie de mauvais goût ou un défi à la morale.



Un "cadavre faisandé" de la Morgue



Ce qui choque d'abord, c'est la couleur de la peau d'Olympia.

Habitué aux nus idéalisés et rosés académiques, le public est horrifié par la couleur jaunâtre du modèle.


Les critiques rivalisent d'inventivité morbide pour décrire ce corps : on parle d'une couleur « faisandée » rappelant l'horreur de la Morgue, d'un « cadavre exposé » dont la teinte livide évoque la mort. Ainsi pour le critique Paul de Saint-Victor, la foule se presse devant le tableau comme on se presse à la Morgue pour voir un corps en décomposition.


On reproche également à Manet la saleté supposée du modèle, son aspect de gorille !

Ses mains sont jugées sales, ses pieds rugueux, et les ombres noires comparées à des traînées de cirage ou de fusain. Une charbonnière en tenue légère ou posant en vile prostituée, que l'on nomme pierreuse de chez Paul Niquet.



Le chat noir et la "Vénus hottentote"



Les détails du tableau cristallisent la haine, en particulier le chat noir situé au pied du lit.

Cette présence animale, loin d'être vue comme un clin d'œil esthétique, est tournée en ridicule.


On dit qu'il laisse l'empreinte de ses pattes crottées sur les draps, ou qu'il semble tout droit sorti


Les caricaturistes s'en donnent à cœur joie, d'autant qu'en langue française déjà le terme chatte est ambigü.


La figure de la servante noire et le bouquet ne sont pas épargnés : l'ensemble est qualifié de « tohu- bohu » de couleurs disparates.


On traite l'œuvre de « Vénus hottentote » ou d'« Olympia de la rue Mouffetard », réduisant la scène à une enseigne de baraque de foire montrant un monstre.



L'exil au plafond : la censure par l'accrochage



La violence des réactions est telle que l'administration du Salon prend peur.


On craint que la toile ne soit physiquement attaquée, voire crevée par les cannes et les parapluies des visiteurs furieux. Pour protéger l'œuvre (et surtout pour la soustraire aux regards), on décide de modifier l'accrochage en cours d'exposition.


Les toiles de Manet, il expose également un Jésus insulté par les soldats, sont déplacées et reléguées tout en haut des murs, au-dessus des portes, dans une zone à peine accessible au regard qu'on appelle le « dépotoir » ou les « combles ». À cette hauteur prodigieuse, l'Olympia devient invisible, ressemblant à une « immense araignée au plafond ».


Cette mise au ban est une humiliation publique : on a mis le tableau « hauteur de nez » non pour qu'on le voie, mais pour lui « dire son fait ».



Ce blog est tiré des fiches d'anthologies de sources primaires proposées par Art d'Histoire Academy.



La plateforme Art d’Histoire Academy est spécialisée en sources primaires et archives numérisées couvrant la période artistique allant de 1850 à 1910.


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Le dédale des archives redevient simplement ce qu’il devrait être pour tout chercheur passionné : une aire d’inspiration et de réalisation.

 
 
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