Pourquoi les ateliers d'Édouard Manet ressemblaient-ils plus à un café qu'à un sanctuaire ?
- Art d'Histoire
- 19 janv.
- 2 min de lecture
Edgar Degas, lorsqu'il s'agissait de créer, « s'enfermait chez lui à double verrou » et dissimulait jalousement ses toiles inachevées au regard des curieux.
Au contraire, chez Édouard Manet tout aussi bourgeois, la création était indissociable de la vie sociale. Loin de fuir le monde, il l'invitait à entrer, transformant son lieu de travail en un carrefour mondain bruyant et vivant.
Peindre au milieu de la foule

Jacques-Émile Blanche rapportait que Manet était d'une nature si sociable qu'il « aurait peint sur la place de la Concorde, au milieu d’une foule, comme parmi ses amis à l’atelier ».
Cette disposition devint une nécessité vers la fin de sa vie. Lorsque la maladie lui paralyse la jambe, le privant de ses chères « escapades de flâneur » sur les boulevards parisiens, Manet compense cette immobilité forcée en faisant venir le boulevard à lui, dans son atelier de la rue d’Amsterdam. C'est dans cette ambiance, entouré de « peintres admirateurs et modèles », qu'il peindra son chef-d'œuvre testamentaire, Un bar aux Folies Bergère.
L'annexe du Café de Bade
L'atmosphère qui régnait rue d'Amsterdam n'avait rien de monacal. Selon le témoignage de l'épouse de l'artiste (qui, par pudeur ou désapprobation, « n’y paraissait jamais »), l'atelier devenait chaque fin de journée « une annexe du café de Bade ».
Le rituel était bien rodé. Vers dix-sept heures, l'espace était saturé de visiteurs : « on pouvait à peine trouver place auprès de l’artiste ». On y voyait accourir tout ce que Paris comptait d'habitués : des
critiques, des amis fidèles comme Gaston La Touche, et même des « demi-mondaines ».
Le décor lui-même s'adaptait à cette fonction sociale. Un accessoire emblématique, le fameux « guéridon de fer » qui apparaît dans plusieurs toiles du maître, servait de comptoir improvisé où un garçon servait « des bocks de bière et des apéritifs » aux camarades venus tenir compagnie au peintre cloué sur place. Chez Manet, l'art ne naissait pas du recueillement, mais de l'effervescence.
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