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Pourquoi Courbet fait-il une Faute de Goût en Integrant des Femmes au Cortège de son Enterrement à Ornans



Brève histoire de larmes



Au cœur du dix-neuvième siècle, le peintre Courbet bouscule les codes académiques avec son œuvre majeure, Un enterrement à Ornans.


Trop grande pour des provinciaux anonymes, qui plus est sans éducation ni dignité…car la composition même du cortège funèbre heurte un public parisien éduqué.




Une nouvelle économie lacrymale



Les recherches d'Hélène Montrachet rappellent que, durant l'Antiquité grecque, pleurer constituait un marqueur de virilité : Achille, héros musclé et parangon de bravoure sanglote encore et encore, sans retenue ni honte.


Nicolas Gay, Achille se lamentant sur la mort de Patrocle ,1855
Nicolas Gay, Achille se lamentant sur la mort de Patrocle ,1855

Le temps passe, les mœurs changent. Et si le dix-huitième siècle maintient une tolérance à l’égard des larmes, la Révolution française y met fin. Une nouvelle virilité, basée sur une conception martiale de l’homme se met en place.


Cette nouvelle norme exige de s'affranchir des effusions émotives constate Alain Corbin, les larmes sont pour les femmes et la sphère privée.




Pas de Pleureuses dans les Cortèges Funéraires




Ivan Kramskoï, Chagrin inconsolable, 1884
Ivan Kramskoï, Chagrin inconsolable, 1884

Les traités de savoir-vivre du dix-neuvième siècle documentent les rites funéraires dans ses plus menus détails, du faire-part de décès au repas de funérail, du  calendrier des vêtements de deuil aux bijoux noirs, dont l'incontournable guide d’Elizabeth Celnart, publié en 1839 et réédité en 1852. On y lira que  les femmes ne peuvent suivre le cercueil jusqu'au cimetière.


Cette vision conservatrice perdure et se renforce au fil des décennies. En 1899, le manuel de la Baronne de Staff recommande même aux femmes de suivre l'office depuis une chapelle annexe afin de dissimuler au mieux leur affliction.


A noter l’apparition d’un discours féministe tel celui de Jeanne d'Antilly qui révolte contre cette exclusion




Courbet Bafoue Doublement les Règles



Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans, détail 1849-50
Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans, détail 1849-50

Le tableau mesure 3.13 mètre par 6.64. Par sa taille il s’impose en peinture d’histoire, le genre académique le plus noble réservé aux grands faits héroïques ou mythologiques. Or que peint-il sur sa grande toile ? Une petite bourgeoisie de province qui ne sait pas se tenir.


Y figure un groupe de femmes pleurant ouvertement, trois portant un mouchoir à leur visage,  linge clair d’autant plus visible qu’il se détache sur fond noir.


Pire, il place à la croisée des diagonales du tableau, un homme la tête enfouie dans son mouchoir, et un autre à peine visible sur sa droite.



Émile Friant, La Douleur, 1898
Émile Friant, La Douleur, 1898

Ces gens peints en grand ne savent pas se comporter.


Non seulement Courbet enfreint les règles de la hiérarchie des genres mais il y ajoute un total mépris des règles de bienséance. La présence ostentatoire des femmes, voire de deux hommes, couronne l'inconvenance académique d’une inconvenance sociale.




Ce blog s’appuie sur les fiches d'anthologies de sources primaires proposées par Art d'Histoire Académie :


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