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Pourquoi Courbet est-il Contre l’Abolition du Jury du Salon en 1848 ?



Le Salon, institution incontournable pour la carrière d'un peintre ou d'un sculpteur, a de fait le monopole sinon d’exposition, tout au moins de prestige au milieu du XIXe.


François-Joseph Heim, Charles X distribuant des récompenses au Salon de 1824,1827
François-Joseph Heim, Charles X distribuant des récompenses au Salon de 1824,1827

Pour y exposer il fallait, sauf sous la première République et la seconde République de 1848, être jugé digne d'être exposé par un jury de sélection.

 

La suppression de ce jury, acte démocratique par excellence, aurait dû réjouir un Gustave Courbet. Or ce ne fut pas le cas. Pourquoi ?





1791 : L'Abolition des Privilèges et la Naissance du "Salon Libre"


Depuis 1673, le Salon se définit comme un espace d'exposition exclusif. D'abord strictement réservé aux membres de l'institution académique royale, il instaure dès 1748 un jury d'admission, soit un comité restreint chargé d'évaluer les œuvres par scrutin secret afin d'exclure celles jugées indignes d'être montrées au public.


En 1789, cette sélection apparaît anti-révolutionnaire, trop Ancien régime. Le jury est assimilé à un outil de censure, l'Académie à une protectrice de privilèges.


La démocratisation survient en août 1791, lorsque le député Bertrand Barère présente et fait adopter une pétition émanant des artistes eux-mêmes. L'Assemblée nationale valide, instaurant une ère inédite où le droit d'exposer est strictement assimilé à la liberté d'expression, nouveau droit fondamental.


Le rapport précise que la seule limite envisageable au droit d’exposer relève d'une commission chargée de veiller au respect des mœurs et de l'ordre public, ce qui se traduit par une clémence exceptionnelle : l'examen du journal d'un commissaire illustre que seules deux petites sculptures furent rejetées lors de l'édition de 1791.



L'Inflation Visuelle et la Contre-Révolution du Jury (1795-1800)



La conséquence immédiate de cette liberté est une augmentation exponentielle des soumissions, provoquant un encombrement sans précédent. Alors que l'édition de 1789 ne comptait qu'environ trois cents toiles, les années suivantes voient ce chiffre tripler, pour finalement dépasser les trois mille œuvres au milieu de la décennie.


Cet accrochage démocratique engendre rapidement de vives critiques concernant la médiocrité générale des ouvrages exposés doublée d’une saturation visuelle.


Des observateurs de l'époque,dont Amaury Duval réclament ouvertement le retour à un système de jury lequel, qui plus est, servirait à préserver la réputation de l'école française. Autre argument avancé, l'indulgence donnait de faux espoirs à des individus dépourvus du talent, rendant la médiocrité présomptueuse et toujours plus nombreuse. La machine s’emballait dans le mauvais sens !


Gaspard Duché de Vancy, Exposition de la Jeunesse à place Dauphine, 1780
Gaspard Duché de Vancy, Exposition de la Jeunesse à place Dauphine, 1780

Le gouvernement du Directoire oscille entre ouvrir à tous ou fermer aux dits médiocres.


Fallait-il revenir aux anciens systèmes où les refusés se montraient place Dauphine comme sous l’Ancien Régime ?


Un jury est rétabli en 1798 pour restreindre les envois, puis supprimé l'année suivante sous la pression des partisans d'une liberté totale, avant d'être définitivement restauré en 1800.


Cette régulation stricte permet de stabiliser les effectifs autour d'un à deux milliers de travaux exposés jusqu'à la fin de la Monarchie de Juillet.



1848 : Le Cas Courbet et le Paradoxe Républicain



La dynamique s'emballe de nouveau de manière identique avec l'avènement de la Seconde République.


En mars 1848, le dirigeant politique Ledru-Rollin décide d'abolir à nouveau toute sélection, dans une volonté de continuité avec les idéaux de la première Révolution.



Gustave Doré, Exposition pour rire, Salon de 1848
Gustave Doré, Exposition pour rire, Salon de 1848

Sauf que, l’histoire se répète : le nombre de toiles passe brutalement de deux mille trois cents à plus de cinq mille, la confusion est totale et caricaturée par l'artiste Gustave Doré, un balai aux côtés d’une grande vague et de quelques nus, la cacophonie est totale.


Gustave Courbet, républicain ancré à gauche qui sera appelé peintre socialiste et plus tard membre actif de la Commune se rappelle que la République n’est pas favorable aux arts.



Il sait que l'absence de filtre c’est-à-dire de jury, annule toute opportunité d'être remarqué par la critique ou le public, pour celui qui aurait satisfait aux exigences du jury.


Sa position est stratégique et comptable, non politique : noyé dans une masse de tableaux de qualité variable et mal placé au sein d'un accrochage chaotique, ses pièces seront invisibles, les ventes rares.


Primé et apprécié entre-temps, il prendra la décision d'organiser son propre espace d'exposition en marge de l'institution officielle en 1855, 1867 et 1868.





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