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Paris, capitale du vice caché : L'art du contournement et du marketing sexuel



Si le XIXe siècle a inventé le « French System », cette machine administrative rigide visant à parquer les prostituées dans des maisons closes et à les soumettre à des visites médicales, il a simultanément engendré son contre-modèle : une explosion de créativité clandestine. Face à la répression policière, le marché du sexe s'est adapté, transformant Paris en un immense théâtre d'illusions où chaque vitrine, chaque fenêtre et chaque album photo pouvait dissimuler un

commerce charnel.




L'art du « Psst ! » : Le marketing de la fenêtre


L'administration interdisait formellement le racolage public et exigeait que les fenêtres des maisons de tolérance dites maisons closes soient grillagées ou opaques. Pour contourner cet interdit, les femmes indépendantes


ont inventé une stratégie de visibilité à la frontière du privé et du public : la mise en scène de la fenêtre.

Avec le racolage à la fenêtre, les « fenestrières » ont développé un langage codé sophistiqué. Puisqu'il leur était interdit de s'y exhiber, elles utilisaient des accessoires stratégiques. Elles disposaient des cages à oiseaux ou des fleurs sur le rebord pour créer un cadre bucolique. Le soir venu, le code devenait lumineux : une lampe placée sur un guéridon, garnie d'un abat-jour rouge, vert ou bleu, signalait la disponibilité et la « spécialité » de la fille aux habitués.


Malgré les caricatures de l'époque montrant des femmes utilisant « la bouche et les doigts » pour attirer le client, ou le célèbre sifflement « Psst ! Psst ! », cette méthode permettait de rester techniquement « chez soi » tout en étant dans la rue.


Les « Brasseries à femmes » : L'industrialisation prospère de la séduction


À partir de l'Exposition universelle de 1867, une nouvelle forme de prostitution « déguisée » émerge et s'industrialise : la serveuse de brasserie dite brasseries à femmes. Des établissements, comme la célèbre Brasserie de l'Espérance (vite surnommée « Les Quatorze Fesses »), recrutaient des filles des faubourgs pour les costumer en Alsaciennes, en Espagnoles ou en « petites cantinières »,.


Le système économique y était redoutable. La fille devait payer une redevance journalière au patron (la « casse ») et achetait même sa table aux enchères. Pour survivre, elle devait pousser à la consommation par tous les moyens : se faire offrir de l'eau colorée facturée au prix du vermouth, renverser les bocks pour en faire commander d'autres, ou pratiquer l'arnaque à la soupe à l'oignon, facturée à dix clients différents. L'objectif final restait la « remonte », c'est-à-dire le départ avec un client vers un garni voisin. En 1888, Paris comptait 224 brasseries de ce type employant 1655 filles.


Gantières et parfumeuses : Les magasins prétextes


Plus discret encore, le commerce de luxe servait de paravent idéal pour une clientèle bourgeoise soucieuse de discrétion. C'est le règne des magasins prétextes. Sous l'apparence respectable d'une ganterie, d'une parfumerie ou d'une teinturerie, se cachait une arrière-boutique dédiée aux plaisirs. Le scénario était rodé : le client entrait pour essayer une paire de gants, et l'essayage se prolongeait dans le salon du fond. Une anecdote policière rapporte une descente chez une gantière où la vendeuse essayait l'article à un collégien... en étant elle-même complètement nue.

Ali Coffignon classait ces boutiques en trois catégories : de l'étalage poussiéreux où deux femmes provocantes attendaient le chaland, jusqu'à la boutique de luxe où l'on ne « riait pas au nez du passant » ingénu et où la transaction se faisait avec une élégance toute commerciale.


La révolution de l'image : Le trafic de « clichés obscènes »


Le XIXe siècle est aussi celui de l'image technique. La photographie est immédiatement devenue un vecteur de pornographie, traquée par la police qui saisissait des milliers d'épreuves lors de descentes dits clichés obscènes. Comme l'indiquent les archives de police, ces images servaient souvent de « menu » dans les maisons de rendez-vous.


La tenancière présentait au client des albums de « poses » pour qu'il fasse son choix avant l'arrivée de la fille élue. L'industrie était même capable de trucages : on collait les têtes d'actrices célèbres ou de femmes du monde sur des corps de prostituées nues pour vendre du rêve à prix d'or. La stéréoscopie (images en relief) était particulièrement prisée pour son réalisme saisissant, donnant l'illusion de la tridimensionnalité aux scènes libertines.


Le tourisme sexuel organisé


Toute cette activité clandestine était parfaitement cartographiée pour le visiteur. Paris attirait une clientèle internationale, guidée par une littérature spécialisée. Des guides touristiques, tels que The Pretty Women of Paris ou Paris-Fêtard, étaient édités en plusieurs langues (français, anglais, allemand) ; ils listaient les adresses, les tarifs (« prix d'amour »), les spécialités des filles et mettaient en garde le « Monsieur » étranger contre les arnaques des « fées parisiennes » . Paris s'assumait alors, selon l'expression d'Alfred Delvau, comme « la ville du plaisir par excellence ».



Le Demi-Monde : L'élite du vice



Enfin, au sommet de la pyramide, loin du trottoir, trônait le « Demi-Monde ». Les réseaux du demi-monde montrent une nébuleuse où se mêlaient haute prostitution, finance, art et politique. Ce n'était plus seulement de la vente de sexe, c'était un espace de pouvoir alternatif où se faisaient et se défaisaient les carrières, y compris les élections à l'Académie française. Comme l'écrivait Zola de manière cinglante : « Toute une société se ruant sur le cul [...] Le grand levier qui remue le monde ».



Ce blog s'appuie sur des fiches d'anthologies de sources primaires proposées par Art d'Histoire Academy.

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