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Nieuwerkerke, Figure Incontournable des Beaux-Arts sous le Second Empire

Le milieu du dix-neuvième siècle en France, sous le régime de Napoléon III, marque une période charnière où la création picturale — qui se veut au même titre que le peuple français, toujours plus indépendante —, se heurte aux directives gouvernementales placées sous le contrôle d'un certain Émilien de Nieuwerkerke.




L'Omnipotence d'Émilien de Nieuwerkerke au Sein des Appareils d'État


Si certains historiens de la fin du siècle, à l'instar de Frédéric Henriet, ont d'abord brossé le portrait d'un homme aux goûts médiocres, incapable de saisir la modernité, les réévaluations historiques plus récentes soulignent le rôle d’un haut fonctionnaire omniprésent mais non incapable.


Portrait de Émilien de Nieuwerkerke
Portrait de Émilien de Nieuwerkerke

Sculpteur au talent modeste et médaillé de troisième classe à ce titre, Nieuwerkerke parvient à accumuler tous les postes stratégiques entre 1849 et 1870, la direction des musées impériaux, la surintendance des beaux-arts, tout en siégeant au Sénat et présidant les jurys d'admission.


Ce cumul de fonctions ne repose pas uniquement sur des compétences administratives hors normes mais sur un favoritisme d’État. En janvier 1864, les étudiants de l'école des Beaux-Arts se moque de lui publiquement, lâchant le nom de « Castor » dans la foule. Le surnom grivois fait référence à sa brillante non étrangère à sa liaison avec la princesse Mathilde, cousine de l'Empereur (d'où le M sur le portrait à charge ci-dessous).


Sa direction est marquée par des décisions controversées qui suscitent la colère de certains artistes. La gestion des collections nationales sous sa tutelle donne lieu à la restauration  très critiquée du Saint-Michel de Raphaël par le conservateur Frédéric Villot ; horrifié, Ingres dénonce l’amateurisme à l’Empereur, qualifiant le surintendant de destructeur. En représailles, Nieuwerkerke s'empresse de reléguer quelques-unes de ses toiles dans de sombres recoins.


Autre cas d’amateurisme, il fait acquérir et onéreusement un buste de la Renaissance qui s’avère être un faux par Giovanni Bastianini.


La déontologie n’est pas non plus toujours au rendez-vous : il puise dans les réserves du Louvre pour décorer les appartements royaux lors de visites diplomatiques ou plus grave encore, pour décorer des cercles privés dont il assure la vice-présidence.


Le Conservatisme Esthétique


Le goût personnel de Nieuwerkerke le rend insensible aux modernes :


  • Jugeant les toiles de Corot floues et ternes, il faudra attendre l’opportunité d’une absence de l’intendant pour que les employés du Louvre y accroche discrètement une de ses œuvres.


  • Mêmes réluctances avec les scènes rustiques de Millet, même si l’administration finit par le décorer à la fin des années 1860. 


  • Courbet n’est guère mieux servi : Le Ruisseau au couvert  sera le seul tableau acquis sous l’administration de Nieuwerkerke par l'État et mal exposé ensuite.


L'Affrontement au Palais-Royal


Un épisode truculent, que raconte Courbet à son mécène Alfred Bruyas en octobre 1853 opposa l’intendant au Franc-Comtois :


Le directeur des Beaux-Arts missionné par le gouvernement, convie Gustave Courbet à un déjeuner mondain au Palais-Royal, entouré d'artistes décorés et dociles. L'objectif de la manœuvre est clair : amadouer le peintre et le convaincre d'atténuer la radicalité de ses toiles en échange d'une commande officielle pour l'Exposition universelle de 1855.


La réaction du peintre d'Ornans est à la hauteur de son talent et de son ego. Loin d’obtempérer, d’autant que Nieuwerkerke lui fait de belles propositions financières, le peintre raconte s’être offusqué, et s’entend encore dire que lui aussi EST UN GOUVERNEMENT et n’a de leçons à recevoir de personne, traitant d’égal à égal avec l'État et son représentant. Il n’hésite pas non plus à rappeler à Nieuwerkerke que son administration s'enrichit sur son dos, quand  la foule du Salon s’agglutine devant ses Baigneuses.


Paul Hadol, Neuwerkerke Le caniche, 1870
Paul Hadol, Neuwerkerke Le caniche, 1870

Les droits d'entrée ont bel et bien été encaissés par l'État et son travail monopolise les chroniques de la presse. 


L'incompréhension mutuelle est totale, le représentant du pouvoir fustigeant le caractère incorrigible de son interlocuteur, tandis que ce dernier s'amuse ouvertement de la rigidité académique. Il décide de gérer sa commercialisation et programme son futur Pavillon indépendant de 1855.


La toute-puissance de l’administration de Nieuwerkerke finit par s'étioler quand Mathilde se lassa ; restant au début de l’année 1870 à la seule direction des musées, l’Empire de toutes façons, allait sombrer quelques mois plus tard. 





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