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Manet contre Courbet : Le Choc des Titans et la "Bille de Billard"




Paris, années 1860. Si l'histoire de l'art a tendance à lisser les transitions, la réalité des ateliers et des cafés parisiens fut bien plus rugueuse. Entre Gustave Courbet, le maître incontesté du Réalisme, et la jeune garde menée par Édouard Manet au Café Guerbois, l'entente n'était pas aussi parfaite que ce que l'histoire raconte.



La guerre du volume : La "Bille de Billard"



Pour comprendre la rupture, il faut saisir ce qui différenciait leur pinceau. Courbet, fils de la terre et de la matière, construisait ses toiles par le volume, utilisant l'ombre et la lumière pour donner une densité presque sculpturale à ses sujets. Pour la nouvelle génération des Batignolles, cette approche sentait déjà le vieux monde. Manet, qui cherchait à capter l'instantanéité par une peinture plus plate et lumineuse, voyait dans cette obsession du relief une lourdeur inutile.


C'est dans ce contexte tendu que Manet prononça une critique devenue légendaire comparant les toiles du maître d'Ornans à des boules de billard. Aux yeux de cette "jeune école", celui qui s'efforçait encore de modeler les formes passait désormais pour une « vieille perruque ».



La politesse du mépris : "Je ne veux pas lui être désagréable"



Si Manet était cinglant, Courbet était perplexe. Le géant d'Ornans, habitué à être le révolutionnaire en peinture, se retrouvait dépassé. Il ne comprenait tout simplement pas la peinture de Manet.


Sa sœur, Juliette Courbet, a rapporté une anecdote savoureuse, témoignant du décalage. Alors qu'elle insistait pour qu'il visite une exposition de Manet par courtoisie confraternelle, Courbet opposa un refus catégorique, non par méchanceté, mais par pure gêne : il avait peur d'y croiser le jeune Manet et de devoir lui dire qu'il ne comprenait absolument rien à sa manière!



L'Exclusion et le "Damné Réalisme"



La rupture fut actée symboliquement par un tableau : l'Hommage à Delacroix de Fantin-Latour. Dans cette œuvre manifeste qui rassemblait les forces vives de la modernité (Manet, Baudelaire, Whistler), Courbet brillait par son absence, Delecroix était leur lumière.


Le désamour alla croissant. En 1867, après avoir visité le pavillon personnel de Courbet, Claude Monet écrivait à Bazille que Courbet présentait de mauvaises choses. Manet lui-même, bien que reconnaissant la puissance de l'Enterrement à Ornans (« C'est mieux que tout »), finissait toujours par ajouter un bémol technique : « C'est trop noir ». Pour sa part, Courbet était bien embarrassé par ce pavillon qui lui faisait de l'ombre.


Vers la fin de sa vie, Manet semblait même regretter d'avoir été associé à ce mouvement, confiant au critique Albert Wolff sa répulsion pour « ce damné Réalisme » et rêvant, comble de l'ironie pour un avant-gardiste, d'avoir été l'élève d'Ingres plutôt que l'héritier officieux de Courbet.




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