Le Paysage Impressionniste de Monet Face à l'Industrialisation de la Seine, le cas d’Argenteuil
- Art d'Histoire
- 31 mars
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 29 avr.
La commune d'Argenteuil, située sur les rives de la Seine au nord de Paris, est connue, avec Bougival, comme l'un des espaces préférés où les peintres de plein air, et notamment les impressionnistes, allaient planter leur chevalet.

On retient l'image d'un havre bucolique, dédié au canotage et aux flâneries dominicales, sous un ciel dégagé.
Toutefois, la ville était déjà une banlieue industrielle de Paris avec la pollution atmosphérique, sonore et chimique que l’on connaît.
Reste que la peinture de Claude Monet en a masqué les éléments industriels comme si sa peinture moderne ne pouvait s'accommoder de la modernisation du paysage.
L'Envers du décor : Un Paysage industriel
Dès les années 1860, Argenteuil n’est plus cette petite et paisible bourgade de vignobles.

Les carrières de gypse y emploient à elles seules cinq cents travailleurs, tandis qu'environ trois cents ouvriers œuvrent quotidiennement au sein de la fonderie de fer de Monsieur Joly. Elle a fourni les structures du Palais de l'Industrie de l'Exposition universelle de 1867, ainsi que les immenses canopées de fer des nouvelles Halles de Paris. Leurs ateliers ont temporairement fabriqué des bicyclettes et forgé les pièces essentielles à la reconstruction du pont de la ville en 1872, après la destruction de l’ancien pont lors de la guerre franco-prussienne.
À ceci s’ajoutent la présence d'une scierie, des tanneries très toxiques pour les eaux usées, des distilleries, des féculeries, d'une usine à gaz, d'une autre de raffinage d'albumine à partir de sang frais particulièrement malodorante ainsi que des infrastructures liées à la chimie et à la construction.
Sur la commune limitrophe de Bezons, les rejets toxiques d'une usine de caoutchouc provoquent même des épisodes très meurtriers pour les poissons locaux, au grand dam des pêcheurs.
Monet ou la Magie de l’effacement de l’industrialisation
Le paysage industriel d’Asnières plaît à certains, dont Gustave Caillebotte, moins à Claude Monet, peintre moderne, mais effaçant les signes les plus évidents de la modernisation du paysage. Les hangars et cheminées fumantes des Fabriques à Argenteuil en 1887 de Caillebotte célèbrent ainsi ce nouveau paysage quand Monet esquive.
Ses multiples représentations du nouveau pont d’Asnières après la destruction de l’ancien pendant la guerre franco-prussienne, montrent le décalage des deux approches.
Pour la reconstruction du pont en 1872, le peintre détaille minutieusement la majestueuse structure en bois, sans jamais représenter les forges adjacentes qui fournissent pourtant le métal nécessaire à sa consolidation. Monet n’est pas documentaliste.

En 1874 pour le Pont de péage, Argenteuil, l’impressionniste a installé son chevalet d’une telle façon qu'un pilier du pont vient masquer l'usine Joly, rayant de son champ de vision la fabrique la plus emblématique de la ville.
Une version de 1875 laisse, pour sa part, deux tiers de la surface de la toile aux hautes herbes, qui masquent le pont.
Si Monet peint les trains, les gares de Saint-Lazare ou d'Argenteuil, c'est l’occasion pour lui de rendre son impression visuelle des effets de la lumière accrochée sur les vapeurs des locomotives ou sur les poussières projetées par les wagons.
Émile Zola commentait ainsi, en 1876, à l'occasion de la troisième exposition impressionniste, que Monet restait un parisien à la campagne, plus à l’aise au milieu de parcs à l’anglaise que dans une banlieue, où des passants endimanchés se promènent, une façon de dire que Monet ne s'intéressait pas à la condition humaine des travailleurs d’Argenteuil.
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