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La Guerre du Décor : Cadres et Murs impressionnistes




Pour les impressionnistes, la bataille de la modernité ne se joue pas seulement sur la toile, mais aussi dans la manière de la présenter. Ils engagent une véritable rupture scénographique pour libérer leurs œuvres de la tyrannie du Salon officiel, repensant tout l'environnement du tableau, de la bordure qui l'enserre à la couleur du mur qui le porte.




À bas le « galon de foire »



Au XIXe siècle, le règlement du Salon est implacable : tout tableau doit être présenté, « à l’exclusion de toutes autres, dans des bordures dorées, noires ou en bois naturel foncé ». Contre ce diktat de l'or, qu'un critique du système qualifie de « galon de foire » anachronique, les impressionnistes entrent en résistance.


Leur approche s'appuie sur la science. Le chimiste Chevreul avait démontré dès 1839 qu'un cadre, étant une surface colorée, influence la perception de la toile par le jeu des complémentaires. Forts de ce constat et de ce qu'ils ont pu observer chez les artistes anglais et Whistler durant leur exil à Londres, ils innovent. Dès 1877, Camille Pissarro impose le cadre impressionniste blanc, jugé neutre et respectueux des harmonies.


Mais l'audace ne s'arrête pas là. Pissarro applique rigoureusement la loi des contrastes : en 1880, il encadre un soleil couchant à dominante rouge d'une bordure verte, et une toile violacée d'un ton jaune mat. Georges Seurat ira plus loin en peignant directement sur le cadre, et parfois sur le bord de la toile, des petits points aux teintes complémentaires pour « exciter » les couleurs du tableau et empêcher les marchands de remettre ses œuvres dans de « banals cadres d'or ». Edgar Degas, intransigeant, n'hésite pas, lors d'un dîner, à décrocher et emporter une de ses œuvres parce que son propriétaire l'avait remise dans un cadre doré.



Des murs lilas et jaune serin



Cette révolution s'étend à l'accrochage. Les critiques comparent souvent les murs surchargés du Salon, au parquet poussiéreux et à la lumière crue, à une « foire au pain d'épices » ou une exhibition de marchandises. À l'inverse, les impressionnistes cherchent à créer des espaces où le mur participe à l'harmonie visuelle.


Dès la première exposition de 1874, les murs sont tendus de laine brun-rouge pour valoriser les toiles. Mais c'est par la suite que la couleur explose. Camille Pissarro se souvient avec fierté d'avoir eu une salle « lilas, avec bordures jaune serin » quand on prétend que l'invention est de James Whistler. En 1879 et 1880, les salles sont peintes de couleurs différentes pour s'accorder aux œuvres exposées.





L'humour n'est pas absent de cette stratégie. En 1880, pour prouver qu'ils sont sans préjugés, les impressionnistes font peindre l'une des chambres en « rouge antique » — la couleur académique par excellence — et la baptisent ironiquement « Salon de l'Institut ». Ils y parquent les œuvres des peintres les plus sages et conservateurs du groupe, réservant les couleurs modernes et les murs des expositions impressionnistes novateurs à leurs propres toiles.



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