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La Fonction de l’Art selon Proudhon : Un Outil de Perfectionnement Moral 


Lors de la publication posthume des écrits du philosophe Pierre-Joseph Proudhon en 1865, Du principe de l’Art et de sa destination sociale, une question récurrente est posée :

La création artistique doit-elle être d'utilité sociale, ou l'esthétique se suffit-elle à elle-même ? Cette question est d’ailleurs centrale dans la compréhension du terme “avant-garde” .


L'avant-garde est une expression qui naît sous le plume du Comte de Saint-Simon, est artiste d’avant-garde celui qui sert le projet politique du saint-simonisme. Mais dix ans plus tard dans sa préface à Mademoiselle de Maupin, Théophile Gautier écrit exactement le contraire :


“ Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid “

La conception de l’art par l'anarchiste socialiste Proudhon se rattache à la définition de Saint-Simon, déjà franchement dépassée dans les années 1850-1860 : est beau ce qui est utile à enseigner le bon et le mal au public. Et il prend en exemple d’art utile la peinture de Courbet !



L'Idéal Proudhonien : La Suprématie du Sujet sur la Facture



Gustave Courbet, Proudhon et ses enfants, 1865
Gustave Courbet, Proudhon et ses enfants, 1865

Proudhon défend une conception strictement utilitariste de la peinture et de la sculpture ; son seul objectif résidant dans l'amélioration morale et physique des Français. Son idéal en art ne renvoie aucunement à des canons de beauté académique, ni à des choix des couleurs, ni à la virtuosité du trait, autant de préoccupations bourgeoises, vaines et pernicieuses.


Une toile n'est envisagée qu’au travers du prisme de son sujet. L’artiste tel que conçu par Proudhon est un moraliste dont la forme d'expression importe peu, dès lors qu’elle est comprise par le public.


L'Artiste comme Auxiliaire de la Cité Utopique


Proudhon qui a défendu bon nombre de travaux de Courbet, n’est pas pour autant un admirateur de la vérité crue des daguerréotypes,  car le bon artiste doit avoir la capacité de capturer l'inobservable : les préjugés de caste, les aberrations de la religion et l'immense diversité des passions humaines.


Vu sous cet angle, le mérite de Courbet ne résiderait pas dans son coup de pinceau, mais dans une capacité à peindre un miroir fidèle de la société qui conduirait le public à des modifications de son comportement : il s'auto-évaluerait et corrigerait ses vices ; un nu gras et laid, comme dans les Baigneuses (1853) l’encouragerait à travailler et alimenterait un mépris croissant à l’égard des femmes de rentiers.


Courbet censé être l’ami de Proudhon est pourtant presque traité d’imbécile dans le traité faute d’être assez docile et ayant lui-même tenté d’écrire la théorie de sa peinture… ce qui est réservé au philosophe de l’anarchisme.


Inspirée par un mécanisme proche de la dite catharsis aristotélicienne, l'œuvre d'art est ainsi censée se substituer à l'expérience vécue pour instruire l'humanité.



La Théorie Esthétique de Proudhon Ridiculisée



Ses contemporains jugent durement le traité. 


Gustave Flaubert, dans ses correspondances avec les frères Goncourt, parle d'ineptie absolue. Il fustige l'incompétence de l'approche proudhonienne, estimant que cette vision strictement sociale signe la mort de l'art.


L’arme zolienne étant bien souvent la dérision, Émile Zola raille ouvertement l'élévation de Courbet au rang de chef de file d'un mouvement de peintres moralisateurs, réduits à badigeonner des sermons sur une toile au profit d’une hypothétique cité idéale.


La théorie proudhonienne propose un système où la création n’a de rôle qu’en tant qu’instrument de propagande, une question largement débattue au XXe siècle.



Ce blog s’appuie sur les fiches d'anthologies de sources primaires proposées par Art d'Histoire Académie :


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