L'influence de l'art japonais à Paris au XIXe siècle : entre assimilation esthétique et rupture de la symétrie
- Art d'Histoire
- 1 mai
- 3 min de lecture
Au début des années 1860, l'arrivée discrète puis massive d’objets provenant du Japon remet en question les règles traditionnelles de la représentation occidentale.
Les observations formulées par le critique d'art Ernest Chesneau, parmi les premiers à étudier et promouvoir les arts japonais, reviennent sur les différences fondamentales avec les arts européens.
Décentrage et absence de symétrie : de nouveaux principes décoratifs
Le 19 février 1869, lors d'une conférence prononcée devant l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie, Ernest Chesneau identifie trois piliers fondamentaux de l'art décoratif japonais :
Le style, la couleur et, de manière particulièrement novatrice pour un public occidental, l'absence de symétrie et de centrage. Contrairement à la longue tradition européenne qui valorise un équilibre géométrique parfaitement centré, l'esthétique nippone repose sur une dissymétrie organique.

Cette approche se manifeste par un décentrage systématique et volontaire.
Ernest Chesneau souligne que dans les objets circulaires traditionnels, tels que les éventails, les plateaux ou les bols, le point focal, si point focal il y avait, est perpétuellement excentré, refusant ainsi l'équilibre par centrage, si cher à l'Occident.
De la même manière, la sévérité des formes rectangulaires ou cubiques, comme celle des boîtes japonaises, est intentionnellement brisée par l'intégration de motifs irréguliers et décentrés, qui les adoucissent.
Or, ce refus de la symétrie n'engendre pourtant pas de désordre visuel. Il révèle, tout au contraire, un sens aigu de la pondération. Pour décorer une paire de vases en bronze ou en porcelaine, un artiste japonais ne produira jamais de répliques parfaitement identiques. Il proposera plutôt des œuvres aux proportions et aux galbes similaires, mais continuellement animées par des décors subtilement variés, garantissant ainsi un équilibre beaucoup plus dynamique que celui qu'aurait produit son homologue européen.
En conséquence, Chesneau encourage vivement nos artistes décorateurs à se mettre à l’école japonaise sans pour autant produire de viles copies.
L'assimilation contre l'imitation : le véritable enjeu de la modernité
En 1878, Chesneau aborde directement cette question, car, dit-il, la reproduction servile constitue un vecteur incontestable de mort artistique.
L'objectif n'est pas de reproduire aveuglément les motifs japonais, mais bien de comprendre et d'assimiler leurs règles.
Les figures les plus marquantes du mouvement japoniste sont précisément celles qui ont su extraire de cet art étranger les qualités qui entrent en résonance directe avec leurs propres affinités esthétiques. On peut penser à Degas, à Van Gogh, à Toulouse-Lautrec, autant d’artistes dont le regard s’est construit auprès des Japonais sans pour autant en faire un transfert direct.
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