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Ingres contre Vernet : Le dernier souffle du Grand Art



Au XIXe siècle, une hiérarchie immuable semblait régir les arts : au sommet, la noble « Peinture d'Histoire », chargée de glorifier la nation et les vertus ; tout en bas, la peinture de genre, anecdotique et bourgeoise. Mais sous le Second Empire, ce temple sacré se fissure. On voit se glisser un genre hybride, la peinture d'histoire anecdotique qui révèle la fin de ce régime de ségrégation académique.


Le responsable ? Une politique culturelle opportuniste : l’« éclectisme ». Pour rallier toutes les forces politiques (monarchistes, catholiques, bourgeois), le régime décide de valider toutes les tendances sans distinction.




1855 : L'humiliation d'Ingres



Le drame éclate lors de l'Exposition universelle de 1855. Jean-Auguste-Dominique Ingres, le dernier grand représentant du Grand Art et défenseur du

« trône et de l'autel », s'attend à être sacré unique grand peintre de son temps.


La déception est brutale. Au lieu d'une médaille unique, le jury en distribue une pléthore. Ingres se retrouve noyé parmi dix autres lauréats. Pire, il doit partager la gloire avec Horace Vernet, un peintre qu'il méprise.


La colère d'Ingres est immense. Il refuse d'abord la récompense, s'estimant outragé d'être mis « sur le même rang que l'apôtre du laid et de Peintres de Pantins ». Pour lui, Vernet n'est pas un peintre d'histoire, mais un fabricant d'images populaires qui rabaisse le grand style au niveau de l'anecdote.



Le triomphe du « reportage » peint



Ce qui se joue ici, c'est la définition même de l'histoire. Là où Ingres cherche l'Idéal et le Style, Vernet propose une précision quasi photographique.


Les critiques ne s'y trompent pas : on dit de l'œil de Vernet qu'il fixe la réalité « comme sur la plaque immuable d’un daguerréotype ». C'est du grand reportage avant l'heure. En validant ce style hybride, l'État entérine la mort de la peinture d'histoire traditionnelle au profit d'une consommation visuelle plus moderne et plus accessible.



1867 : Une langue morte



À la mort d'Ingres en janvier 1867, le constat est sans appel : « Il a clos une tradition ». La hiérarchie des genres s'effondre définitivement.


Certes, l'État tentera bien de ressusciter le genre à travers de vastes commandes pour le Panthéon (confiées à Cabanel ou Henri Lévy), mais ce n'est plus qu'une façade institutionnelle. La peinture d'histoire est devenue une « langue morte », incapable de rivaliser avec les sujets modernes qui passionnent désormais le public : la vie ouvrière et la réalité sociale ont remplacé les casques et les toges.


Ce blog est tiré des fiches d'anthologies de sources primaires proposées par Art d'Histoire Academy.



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