Georges Seurat : L'Antiquité Grecque au Service de la République Moderne
- Art d'Histoire
- il y a 1 jour
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Dans la France des années 1880, la toute jeune Troisième République cherche à asseoir sa légitimité en forgeant de nouveaux repères culturels et sociaux.
Pour sa part, Georges Seurat s'empare de thématiques contemporaines liées aux loisirs urbains modernes.
Mais il a pu s’inspirer de l’art antique, des frises du Parthénon plus précisément ; et si tel est bien le cas, il donnait un sens politique à son œuvre. L’étude a été menée par Michael Zimmermann.

pour la Fédération du XIV juillet MDCXC du coté de la Seine, 1790
L'héritage Intellectuel des Beaux-Arts : De la Liberté Politique à la Perfection Esthétique
Il existe une sorte de généalogie de l'admiration française pour la frise du Parthénon, sculptée par Phidias.

Au début du XIXe siècle, Antoine de Quatremère de Quincy, secrétaire des Beaux-Arts, postule qu’il existe une consubstantialité entre grand art et régime de liberté, autrement dit qu’une perfection artistique ne peut éclore que dans une société jouissant d'une certaine autonomie politique, —réflexion surtout intellectuelle venant d’un homme au passé révolutionnaire limité et partisan de la restauration monarchiste. Reste que selon ces termes, la splendeur des chefs-d'œuvre athéniens est à rapprocher de la démocratie athénienne.
Charles Blanc, directeur des Beaux-Arts à deux reprises et théoricien d’infuence, adhère à une approche semblable. La beauté des marbres antiques réside dans le fait que leurs commanditaires étaient des citoyens libres, rejoignant les idées de Quatremère.
La frise s'impose ainsi en un canon esthétique académique, mais non détaché d’un cadre politique.
La Politisation par l'Enseignement d'Hippolyte Taine
Or Seurat dont on a pu dire que Un dimanche était une œuvre précurseur des modernes et de l’abstraction, pour qui le sujet n’était qu’un prétexte avait peut-être, parce qu'il donnait à ses promeneurs du Dimanche une allure de procession athénienne, souhaité transmettre un message politique.
Hippolyte Taine enseigne encore aux Beaux-arts quand Seurat y étudie en 1878-1879. Or que dit-il de la frise ? Qu’elle est l’expression de l'âge d'or de la démocratie athénienne.
Son argumentation n'est toutefois pas strictement historique. L'historien projette en fait l'imaginaire de la Révolution française sur l'Athènes antique, un anachronisme au service de la Révolution.
La frise de Phidias est alors perçue comme la célébration idyllique d'un contrat social pacifié, où la Fête de la Fédération de 1790 trouverait son lointain miroir antique. La frise athénienne est un symbole d'union des classes sociales qui s’est établi sous la Révolution française.
Application à Seurat : Une Frise Sociale Contemporaine
Nourri par ces préceptes, Seurat ambitionne de créer l’image d’une idylle politique moderne. Il confie à Gustave Kahn sa volonté de faire défiler ses contemporains avec la même solennité que les participants des Panathénées, en orchestrant une harmonie stricte entre les lignes et les couleurs de ses toiles.

Dans Un dimanche après-midi à l'Île de la Grande Jatte, Seurat met en scène les fameuses nouvelles classes sociales issues de la République de Gambetta.
Il emprunte le hiératisme caractéristique des compositions de Puvis de Chavannes, telles que dans Doux Pays ou Bois sacré. Et s’il s’agit d’une sorte de procession moderne sur le modèle des Panathénées antiques, le tableau serait une célébration de cette nouvelle république, dont les lois constitutionnelles ne sont assises que depuis quelques années.
Cette analyse d’Un dimanche permet de reconsidérer la peinture phare de Seurat non pas seulement comme un prétexte à peindre, ce qui sert le discours moderniste du XXe, mais de lui redonner une dimension politique sachant que les commentaires de l’époque avaient relevé le caractère de frise social ainsi que son caractère hiératique très athénien.
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