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Georges Seurat et Piero della Francesca: Aux Racines Classiques du Néo-Impressionnisme



La relation esthétique entre Georges Seurat, précurseur reconnu de la peinture moderne, et le maître primitif de la Renaissance italienne Piero della Francesca peut surprendre mais est avérée.


Seurat admirait le peintre d'Arezzo alors qu’il peignait sa Baignade à Asnières et Un Dimanche après-midi à l’Ìle de la Grande Jatte créant un pont entre la rigueur mathématique du Quattrocento italien et ses propres expérimentations optiques.



Georges Seurat, Une Baignade à Asnières, 1884
Georges Seurat, Une Baignade à Asnières, 1884
Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l'Île de la Grande Jatte, 1884-86
Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l'Île de la Grande Jatte, 1884-86











L'École des Beaux-Arts : Un Creuset d'Influences Paradoxales



Formé par Lehmann, lui-même imprégné par le strict enseignement d'Ingres, Seurat baigne initialement dans l'académisme de l'École des Beaux-Arts ; influence reconnue qui inquiète d'ailleurs certains de ses contemporains. 


Camille Pissarro perçoit cette rigidité dès 1888 alors qu’il adopte la technique divisionniste, tandis que Julius Meier-Graefe met en garde contre cette imprégnation académique qu'il juge dangereuse pour l'avenir de la peinture. Il ne pense certainement pas à Piero.


Car Piero n’est pas une référence académique, appartenant à ces primitifs italiens que l'école française avait partiellement enterrée. Enore que, sous l'impulsion de personnalités influentes dont Charles Blanc, l'art des primitifs italiens connaît un regain d’intérêt, œuvrant en faveur d’un retour de visibilité de Piero au sein même de l'école, sans l’avoir conçu ainsi.


Retour sur une pathétique tentative.


Souhaitant lutter contre les tendances modernes, Blanc commande des centaines de copies des chefs-d’œuvre européens, dont celle des frises de Piero à Arezzo, et fait installer son Musée des copies. Neuf mois plus tard, pour des raisons de luttes d’influence et de changements à la tête des administrations françaises, ce Musée est démonté, les copies réaffectées et celles de Piero installées à l'École des beaux-arts. 


Charles-Antoine-Joseph Loyeux d'après Piero della Francesca, La Découverte de la vraie croix, 1873
Charles-Antoine-Joseph Loyeux d'après Piero della Francesca, La Découverte de la vraie croix, 1873

Henri Laborde, secrétaire général de l'institution, émet des réserves sur cette peinture qu'il juge trop logique et mathématique pour relever de l'imagination pure. Mais peu importe, un homme est là pour ouvrir les yeux de Seurat sur Piero si ses frises n’y suffisaient pas.



La Méthode d'un Chercheur Obsessionnel



On sait que Seurat se comportait en chercheur. Gustave Coquiot rapporte que l’étudiant arpentait inlassablement les salles d'exposition et les bibliothèques, croisant les œuvres originales avec des reproductions, noircissant ses carnets de croquis et copies rehaussés de touches d'aquarelle

La bibliothèque de l'École des Beaux-Arts jouait chez lui un rôle central, un certain Eugène Müntz, conservateur des lieux également.


Or, Müntz est un admirateur inconditionnel de Piero della Francesca. Entre 1879 et 1880, il enrichit les collections de photographies reproduisant l'œuvre du maître italien, incluant des scènes comme la Mort de Constantin et la Mort d'Adam. Il publie également sur les traités de perspective de Piero dès 1884.


Anecdote intéressante : Albert Boime signale que Seurat a pour voisin d'atelier Charles Loyeux, le peintre chargé des fameuses copies des fresques d'Arezzo. Peut-être en ont-ils parlé.



De la Structure Classique au "Petit Point"



Müntz observe chez Piero un équilibre entre l'instinct spontané et la science du géomètre, une conjonction atypique qui sied tout aussi bien à la personnalité de Seurat. 


L’étude approfondie des travaux de la Renaissance a fourni à Seurat une ossature intellectuelle et formelle documentée par Albert Boime : la parenté n'est pas fortuite. 


Une baignade ou Un dimanche s'imposent comme des visions monumentales et actualisées de cet art primitif, où la solennité des maîtres du Quattrocento se trouve réinventée à travers le prisme de la science optique du XIXe siècle.




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