Degas une formation privée : Le Génie financé par la Banque
- Art d'Histoire
- 23 janv.
- 3 min de lecture
Loin du mythe romantique de l'artiste maudit souffrant dans une mansarde insalubre, Edgar Degas est un artiste d'avant-garde bien né. Il est le fruit d'une lignée cosmopolite et fortunée : sa mère, Marie Célestine Musson, est d'ascendance louisianaise, et son père, Auguste de Gas, gère la succursale parisienne de la banque familiale napolitaine. Cette sécurité matérielle va permettre au jeune Edgar de s'offrir un luxe précieux pour un artiste : le temps d'apprendre sans avoir à vendre....avant que la banque ne fasse faillite.
L'Étudiant Fantôme et la Double Vie
Le parcours scolaire d'Edgar commence de manière conventionnelle pour un fils de bourgeois : il décroche son baccalauréat en mars 1853. Il s'inscrit sagement à la faculté de droit, mais cette activité universitaire était factice.
Plutôt que d'étudier le Code civil, Edgar menait une double vie studieuse mais artistique. Dès avril 1853, il obtenait sa carte de copiste au Louvre puis au Cabinet des estampes. Il fréquenta brièvement l'atelier d'un maître médiocre, avant de rejoindre celui d'un disciple de Flandrin. Puis en 1855 il passe le concours des places des Beaux-Arts, où il fut reçu, bien qu'il s'y montrât par la suite peu assidu, préférant l'étude directe des maîtres anciens.
La formation académique italienne en privé
L'objectif ultime des étudiants des Beaux-Arts était le Prix de Rome, sésame financé par l'État pour étudier en Italie. Degas n'eut pas besoin de concourir. Son père, Auguste, banquier cultivé et ami des collectionneurs, lui offrit une formation artistique sur mesure : un séjour de trois ans en Italie, entièrement à ses frais, se substituant au parcours officiel des lauréats.
Les archives révèlent une correspondance paternelle d'une rare bienveillance. Loin de condamner la vocation de son fils, Auguste l'encourageait à se dépasser.
La nature ennuie Degas
Ce "Grand Tour" italien, de 1856 à 1859, fut fondamental mais révéla très tôt la singularité de Degas par rapport aux futurs impressionnistes. Alors qu'il voyageait de Naples (berceau de son grand-père Hilaire qui y avait fui la Révolution) à Florence, Degas ne cherchait pas la lumière du plein air.
Il couche sur le papier cet aveu surprenant pour un futur impressionniste, la nature l'ennuie dès lors qu'il s'agit de la contempler. Ce qui le passionne, ce sont les musées et la trace de l'homme. Il copie frénétiquement Raphaël, Michel-Ange et surtout Mantegna.

Le Club des "Châtaignes Grillées"
L'Italie de Degas n'était pas une retraite monacale. À Rome, il s'intégra à une joyeuse bande d'artistes français, incluant le compositeur Georges Bizet et le peintre Gustave Moreau. Ensemble, ils formèrent la société des châtaignes grillées. Plutôt que de peindre sur le motif dans la campagne romaine, ces jeunes érudits passaient leurs soirées à théoriser sur l'art.
C'est fort de cette solide culture classique, accumulée grâce à la rente paternelle, qu'Edgar rentra à Paris en 1859. Il n'avait alors qu'une ambition : embrasser la carrière très académique de peintre d'Histoire, ignorant encore qu'il deviendrait le peintre de la vie moderne.
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