Courbet, l'« Ouvrier-Peintre »
- Art d'Histoire
- 17 mars
- 3 min de lecture
Gustave Courbet, grand maître d’un art en rupture avec la tradition classique est un personnage dont la caricature se délecte.
Elle a en particulier présenté l’artiste en ouvrier-peintre, armé d’une truelle ou d’une brosse.
La comparaison qui pourrait sembler grossière faisait en réalité écho au débat critique contemporain centré sur la nature même du réalisme.
L'Artiste Libéral n’est Jamais Ouvrier
Retour en arrière.
Parce que l’art est libéral depuis son anoblissement au XVII siècle par Louis XIV, il ne saurait être un travail manuel. L’art ne peut être qu’intellectuel à la différence du métier.

Dans ces conditions, un peintre est artiste libre s’il répond aux normes académiques, il est artisan s’il répond au règlement d’une corporation. Les corporations d’artisans ayant été dissoutes sous la révolution, les nouvelles organisations du travail s’appellent syndicats d'ouvriers, l’ouvrier étant l’artisan dans sa forme moderne.
Statutairement, la condition d’artiste est strictement incompatible avec celle de l’artisan ou de l’ouvrier. Le peintre-ouvrier est par nature transgressif, le réalisme était d’ailleurs perçu comme tel.
La Naissance d’une Expression

En 1850, l’expression ouvrier-peintre apparaît sous la plume de Champfleury, dans un texte qui fait l’éloge des frères Lenain.
Champfleury réhabilite leur travail après deux siècles d'oubli lorsqu'il les baptise peintres-ouvriers. Or l’expression était d’autant plus fondée qu'ils avaient d’abord été maîtres- peintres et rattachés à une corporation avant d’être artistes-peintres, puisqu'ils sont parmi les tout premiers membres de l’Académie au moment de sa fondation. Historiquement, ils ont bien étaient ouvriers avant d’être artistes.
Reste qu’en accolant les deux substantifs, Champfleury valorise le prosaïsme de leur style — un attachement assumé aux réalités matérielles, ordinaires, rudimentaires, aux valeurs morales des sujets simples qu’ils dépeignent, la bravoure, la sincérité, l’honnêteté.
Ce sont ces mêmes qualités que recherchent les partisans du réalisme. L’ouvrier-peintre réaliste revendique une quête de sincérité, rejetant l'apparat et les faux-semblants de l'académisme.
Une Étiquette à Double Tranchant
Au milieu des années 1850, Baudelaire comme Castagnary retournent l’expression contre Courbet. Le premier l’accuse de travailler sans imagination, d'être lourdaud et grossier. Le second se désespère du peintre à qui il reproche de massacrer ses propres facultés avec des paysages vulgaires et communs.
L’expression réapparaît enfin chez Zola en 1880 pour célébrer l’ouvrier-peintre que fut Courbet, lequel avec Balzac Flaubert et Stendhal avait participé à la création d’un nouveau style, solidement ancré dans la réalité.
L'ouvrier-peintre n'est plus le fossoyeur de l'idéal esthétique, mais le bâtisseur de l’avenir.
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