Comment un simple médecin a-t-il constitué l'une des plus belles collections léguée au Louvre ? Histoire de Louis La Caze
- Art d'Histoire
- 15 janv.
- 3 min de lecture
L'histoire des musées retient souvent les noms de rois ou magnats, mais il arrive parfois qu'un homme seul, armé de son goût et de sa patience, change le cours de l'histoire de l'art.
C'est le cas du docteur Louis La Caze, un personnage fascinant qui a légué à la France un trésor inestimable de près de six cents tableaux, bouleversant ainsi les collections nationales.
Contrairement à certains mécènes qui accumulent les œuvres de prestige, ce médecin de profession a bâti sa collection finement et lentement, guidé par une intelligence rare et une sensibilité artistique personnelle.
Un œil d'artiste et de technicien
Louis La Caze n'était pas un simple amateur fortuné ; il possédait une connaissance intime de la matière picturale.
Lui-même peintre amateur, il avait fréquenté les ateliers de grands maîtres comme Girodet et Géricault, ce qui lui donnait un avantage décisif sur les autres acheteurs : il comprenait la technique de l'intérieur.

Il n'hésitait d'ailleurs pas à nettoyer lui-même ses acquisitions, pour révéler la beauté cachée sous les vernis encrassés.
Cette proximité physique avec la peinture a façonné son goût pour des œuvres vibrantes, loin du fini léché de l'art académique de son temps.
Ce qu'il cherchait avant tout dans un tableau, c'était ce qu'il appelait de la « vie condensée », une énergie vitale qu'il comparait avec fougue à une bouteille d'eau de Seltz sous pression, chargée au point d'éclater.
Le génie de l'achat à contre-courant
Le véritable coup de génie de La Caze fut de s'intéresser à une période que tout le monde méprisait au milieu du XIXe siècle : l'école française du XVIIIe siècle.
À cette époque, les toiles de maîtres comme Watteau, Fragonard ou Chardin n'avaient plus aucune cote et traînaient littéralement sur les trottoirs ou devant les boutiques des brocanteurs, dans l'indifférence générale.
Alors que la mode était à la peinture d'histoire en perdition d'ailleurs, La Caze arpentait les rues et les quais de Seine à la recherche de ces pépites oubliées.
C'est ainsi qu'encore étudiant en médecine, il dénicha son premier Chardin pour une somme dérisoire sur un quai parisien.
Il se félicitait souvent de cette stratégie, affirmant qu'il ne fallait pas applaudir ceux qui achètent cher des œuvres médiocres, mais ceux qui savent reconnaître des chefs-d'œuvre à bas prix.
L'accumulation de ces trésors devint telle que son logement ne suffisait plus.
Il entassait les cadres les uns sur les autres, jusqu'à ce qu'il soit obligé d'acquérir un hôtel particulier rue du Cherche-Midi pour loger sa collection.
Un passeur de modernité
Loin de l'image du collectionneur jaloux mettant aux secrets ses biens, La Caze ouvrait gracieusement ses portes. Il accueillait les curieux et les artistes chaque semaine, jouant lui-même le rôle de guide pour transmettre sa passion sincère.
Son hôtel devint un lieu d'étude incontournable pour la jeune génération de peintres qui cherchait à s'émanciper des règles strictes de l'École des Beaux-Arts. Des artistes novateurs comme Édouard Manet, Edgar Degas ou Fantin-Latour y ont trouvé une source d'inspiration majeure.
On sait par exemple que la Bethsabée de Rembrandt, l'une des pièces maîtresses de sa collection, a eu un impact direct sur leurs travaux, inspirant notamment La Toilette de Frédéric Bazille et certainement l'Olympia de Manet. De même, les natures mortes de Chardin qu'il possédait, comme la célèbre Brioche, ont trouvé un écho évident dans l'œuvre de Manet.
Son influence ne s'arrêtait pas à l'inspiration esthétique ; il joua aussi un rôle politique crucial.
Membre du jury du Salon en 1865, Louis La Caze aurait usé de son autorité pour sauver l'Olympia de Manet du refus.
Il permit ainsi à cette œuvre scandaleuse d'être exposée et de marquer l'histoire, prouvant que son œil de collectionneur savait reconnaître la modernité là où d'autres ne voyaient que de la provocation.
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