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Comment les Scientifiques Expérimentales ont-elles transformé le roman français au XIXe siècle ?



Le dix-neuvième siècle européen se caractérise par une révolution épistémologique majeure : le triomphe des sciences naturelles, de la biologie et de la médecine sur les anciennes certitudes métaphysiques. 


Dans ce climat intellectuel où le rationalisme s'impose, la littérature romanesque s’adapte.

L'écrivain délaisse l'idéalisme pour endosser la blouse du savant, cherchant à disséquer les comportements humains avec l'exactitude du clinicien.


Quels furent les rôles de Balzac, Flaubert et Zola dans cette mutation?




La Taxinomie sociale : Honoré de Balzac



Gustave Doré et  Ryckebus, Balzac l’entomologiste, 1855
Gustave Doré et Ryckebus, Balzac l’entomologiste, 1855

Honoré de Balzac a posé les fondements d'une zoologie appliquée à l'humanité. En s'inspirant des classifications opérées par les naturalistes, il entreprend de répertorier les individus selon des catégories sociales strictes, transposant la taxonomie animale à la société française.

L’écrivain se conçoit en « docteur en sciences sociales » ; le regard littéraire se fait clinique et détaille un milieu ambiant avec la même rigueur qu'un biologiste examinant le milieu et l’espèce qui l’habite.



L'empreinte du Transformisme : Gustave Flaubert



Élevé dans l'enceinte même d'un centre hospitalier rouennais dirigé par un père chirurgien, le romancier grandit dans un environnement où la rationalité prévaut sur la métaphysique.


Adolescence, Flaubert se passionne pour le transformisme de Lamarck,  qui marquera son ouvrage de jeunesse Quidquid Volueris mettant en scène un hybride mi-homme mi-singe.


L’auteur de Madame Bovary soutient  publiquement les érudits face aux instances religieuses lors de controverses académiques portant sur l'origine zoologique de l'homme. Il est vrai que quand le dictionnaire Littré à l’entrée Homme  renseigne « mammifère de l’ordre des primates » il y a de quoi affoler un Monseigneur Dupanloup et les académiciens chrétiens. Où est l'œuvre de dieu dans tout cela ?  Au passage on notera que Flaubert étudia et reporta presque mot pour mot les rapports médicaux sur les intoxications à l’arsenic pour décrire les spasmes mortels d’Emma empoisonnée.


Plus tard, sa confrontation avec Darwin le conforte dans une vision strictement matérialiste et déterministe de l'humanité et nourrit jusqu’à sa pensée politique : subjugué par la loi de la sélection naturelle, Flaubert perçoit les idéologies humanitaires comme un frein à la vitalité sociale, le suffrage démocratique comment un contresens biologique.



Le Romancier-Expérimentateur : Émile Zola



Albert Laborde, Portrait d’Émile Zola, 1902
Albert Laborde, Portrait d’Émile Zola, 1902

La doctrine du romancier s'est forgée à l'époque où, employé dans l'édition, il rédigeait des notices pour des ouvrages scientifiques et philosophiques.


Il évolue au sein d'un cercle de physiciens et de zoologistes, assimilant la vision d'un monde régi par les seules lois de la matière.


Dans ses jeunes années de journalisme, Zola est aussi critique d’art. Il prend tôt la défense d'Edouard Manet quand tous se moquent encore. Et quand lui est retiré la rédaction de la chonique des arts de L'Évènement pour avoir par trop piétiné les grands noms de la peinture académique et défendu le peintre de l’Olympia, il se décrit en médecin, le scalpel en main,  pratiquant l'autopsie des œuvres afin d'en révéler l'anatomie intime.


Zola s'approprie le concept de déterminisme — un principe stipulant que chaque individu est le produit inéluctable de son hérédité biologique et de son milieu social. Il transpose le protocole de la médecine expérimentale et sa sacro-sainte méthode hypothético-déductive  à la construction romanesque. Zola élabore une hypothèse de départ qu'il teste dans son laboratoire fictif que constitue son récit et étudie comment une passion évolue lorsqu'elle est soumise à des contraintes environnementales précises : il invente le roman expérimental.




Comme les lois de l’anatomie s'imposent progressivement aux idéaux classiques aux Beaux-Arts, le roman se plie à l’exigence de réalité telle que les science positivistes l’envisagent, palpable, rationnelle, prédéterminée, mesurable.



Ce blog s’appuie sur les fiches d'anthologies de sources primaires proposées par Art d'Histoire Académie :


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