Comment la peinture et la sculpture sont-ils passées d’un statut d'artisanat à celui d’art noble ?
- Art d'Histoire
- il y a 2 jours
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Dans la France des XVIIe et XVIIIe siècles, manier le pinceau du peintre ou le marteau du sculpteur n'a pas toujours été considéré comme une activité intellectuelle de haut vol.
Ces pratiques, pour être des tâches manuelles, étaient soumises aux mêmes règles commerciales que la menuiserie ou la vitrerie encadrées depuis le Moyen âge par des corporations.
Une longue lutte institutionnelle a permis à la peinture et à la sculpture de s'extraire de la condition d'art mécanique encadrée par les jurés des maîtrises des corporations pour s'élever au rang d'art libéral dérégulé.
La Guerre des Académies et l'Enjeu du Modèle Vivant

Au milieu du XVIIe siècle, l'enseignement artistique français se scinde en deux camps opposés. D'un côté, l'Académie royale de peinture et de sculpture, fondée en 1648 ; elle incarne l'ambition de noblesse de l'artiste. De l'autre, la corporation historique des peintres qui réplique l'année suivant la création de l’Académie royale par l’ouverture de sa propre enseigne d’enseignement, qui deviendra l'Académie de Saint-Luc.
Cette dernière parvient un temps à attirer de nombreux élèves grâce à des tarifs très attractifs et s'appuie sur le prestige de figures de retour de Rome, comme Pierre Mignard et son ancien maître Simon Vouet.
L'historien Jules Guiffrey rappelle en 1915 que cette rivalité se cristallise autour de l’enseignement de l'étude d'après le modèle vivant. Pourquoi ?
Qui maîtrise le nu maîtrise la peinture d’Histoire, le grand genre. Les autres seront rabaissés à de simples décorateurs.
Il faut attendre le début du XVIIIe siècle pour que Louis XIV autorise à nouveau la corporation à utiliser le modèle vivant, mais uniquement à huis clos.
L'Ambiguïté de l’Académie de Saint-Luc

En dépit de cette apparente subordination, l'Académie de Saint-Luc connaît une période faste sous les Lumières. Les recherches menées par Charlotte Guichard indiquent que l'institution corporatiste bénéficie alors d'exemptions fiscales avantageuses et parvient à organiser des expositions régulières, notamment celles dite du Colisée, qui viennent directement concurrencer celles du Salon de l’Académie Royale et de ses artistes académiciens.
Mais en 1766, il semblerait qu’une sécession menace comme lorsqu’en 1648, les artistes royaux avaient obtenu leur propre maison.
Une quarantaine de membres, revendiquant leur statut d'hommes de talent, se soulèvent contre la direction de la Communauté. Ces artistes peintres et sculpteurs refusent d'être assimilés aux artisans du bâtiment, tels que les vernisseurs de carrosses ou les doreurs sur bois, et leur ouvrage réduit à une banale marchandise évaluable au toisé, comme on vendrait une viande au poids.
L'Héritage d'une Ségrégation Lexicale
L'affranchissement juridique de l'artiste s'opère dans les années 1770, porté par les tentatives de réformes du travail de Turgot. Les textes officiels de 1777 séparent définitivement la peinture de décoration des beaux-arts.
La peinture et la sculpture qu’elles qu'elles soient, acquièrent le statut d'arts libres, détachés de toute contrainte réglementaire commerciale et de la tutelle des maîtrises artisanales.
Cet idéal de l'artiste animé par le génie, la noblesse et le désintéressement financier se maintient après la Révolution avec la création de l'Académie des beaux-arts sous la Restauration en 1815 et dans le discours académique que l’on ne saurait comprendre sans connaître cette histoire institutionnelle.
La critique d’art continuera tout au long du XIXe de puiser dans l’ancien vocabulaire dépréciatif de l'artisanat vénal et manuel, — autrefois utilisé pour disqualifier les travailleurs de la Corporation —, pour rejeter les manquements supposés des peintres modernes à la norme classique.
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