Claude Monet et sa collection d’estampes japonaises
- Art d'Histoire
- 1 mai
- 3 min de lecture
Si Monet n’a peut-être pas été le tout premier à “ découvrir ” la valeur esthétique des estampes japonaises, il en fut un grand collectionneur.
Monet Découvreur des Estampes, un récit biaisé
À la fin de sa vie, selon les propos recueillis par l'auteur Marc Elder, le peintre affirmait avoir acquis ses premières estampes chez un brocanteur du Havre en 1856.
Ce marchand de curiosités exotiques, allant du perroquet à la noix de coco, aurait également stocké des estampes qui pouvaient servir d’emballages à des objets provenant de Hollande — la France n'ayant pas encore signé de traité commercial avec le Japon ; le traité sera signé en 1858. Que cet épisode soit exact ou non, à cette date, Monet, âgé de seulement seize ans, n’a pas encore assimilé l’esthétique japonaise qui n’a alors aucune influence sur sa pratique.

Le plus probable est que sa découverte des estampes japonaises ait eu lieu au printemps ou à l'été 1871.
Sur le chemin du retour de Londres, où il s’était exilé pendant la guerre franco-prussienne, Monet passe quelques jours dans la commune hollandaise de Zaandam.
Selon Jean-Claude Hoschedé, Gustave Geffroy et l’écrivain Octave Mirbeau, un épicier du village de Zaadam emballait ses denrées dans les fameuses estampes. Lorsque Monet posa son regard sur elle, il fut conquis et racheta la pile d’estampes au marchand perplexe. Dans le lot se trouvaient de magnifiques Korin, représentant des troupeaux de biches, des femmes à la toilette d’Utamaro…
La collection de Monet
Ce premier achat marque le début de la constitution d’une magnifique collection.
Cette collection représente aujourd'hui quelque deux cent trente-et-une gravures, mais il y eut des échanges, de nouvelles acquisitions, des reventes, et certainement des pertes.
Monet a échangé ses propres toiles contre des estampes que possédaient l'entrepreneur Kojiro Matsukata ou le marchand Tadamasa Hayashi. Avec Maurice Joyant, il échange des estampes, cherchant à compléter ses séries, notamment des planches florales d’Hokusai représentant des pivoines, des volubilis ou des chrysanthèmes.
Des choix singuliers
Son intérêt se porta sur une quarantaine de maîtres.
Monet préfère les estampes des dix-huitième et dix-neuvième siècles ; il ne possède aucune estampe très ancienne, ni shunga — les scènes à caractère érotique — ni ôkubi-e, ou portraits d'acteurs aux expressions faciales qu'il jugeait probablement trop grimaçantes.
Il rassemble en revanche des pièces emblématiques signées d’Utamaro, Le Maquillage, ou d’Hiroshige, dont la Vue nocturne de la rue Saruwaka et neuf épreuves du premier tirage par l'éditeur Nishimuraya Eijudō des Trente-six vues du Mont-Fuji d'Hokusai, reconnaissables à l'utilisation d'un cerne bleu ; parmi lesquelles la célèbre Sous la vague au large de Kanagawa. On sait qu’Edmond de Goncourt écrira que cette série était au cœur de l’impressionnisme.

La collection intègre un nombre restreint de kachō-e — représentations de la faune et de la flore —, ces motifs qui entrent en résonance avec ses propres choix de motifs.
Plus étonnante est la présence significative d'uki-e, des images japonaises, expérimentant les règles de la perspective linéaire occidentale, ainsi que des yokohama-e de Yoshitora, illustrant le quotidien des étrangers dans les ports d'échange, un choix peut-être plus anecdotique.
L'estampe en décor
A Giverny, les estampes sont pour partie stockées dans des cartons où elles seront longtemps conservées après sa mort, et depuis restaurées et réinstallées dans la maison-musée de Giverny.
Mais Monet vivait littéralement entouré de ces estampes protégées par un verre. Elles étaient accrochées aux murs du petit salon bleu, de la salle à manger aux boiseries jaunes, les tons des estampes faisant écho à ceux de la pièce, dans le vestibule, dans les escaliers menant à l'atelier et sur les panneaux des portes…
Le jardin de Monet était également en partie sous l'influence japonaise. On apprend que, par l’intermédiaire de Gustave Caillebotte, il se procurait des bulbes de plantes japonaises, sans compter son petit pont japonais installé au-dessus de l’étang.
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