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1870 : Le Destin Brisé d'un Peintre d'Histoire pré-impressionniste




L'année 1870 marque une perte sanglante pour l'art moderne. Si le conflit disperse la plupart des peintres, c'est le parcours de Frédéric Bazille qui illustre le plus cruellement le gâchis de cette « Année Terrible », tiraillé entre une lucidité politique désabusée et un héroïsme fatal.




Le Paradoxe de l'Engagement




Au début du mois d'août 1870, alors que la France s'enflamme, Frédéric Bazille se montre d'abord réfractaire à la ferveur nationaliste. Dans une lettre d'août, il exprime son écœurement face aux cris de « Vive la guerre » entendus dans les rues de Montpellier. Il qualifie le conflit d'« égorgements perfectionnés » orchestrés par Bonaparte et Bismarck, prédisant avec amertume que les « idiots » qui vocifèrent aujourd'hui seront bientôt « à demi-prussiens ou tout à fait embonapartisés ». Pour le protéger, son père avait même payé un remplaçant, une pratique courante à l'époque pour exempter les fils de bonne famille du service.


Pourtant, mi-août 1870, Frédéric prend une décision irrévocable qui scelle son destin : il se présente à la mairie de Montpellier pour signer son acte d'engagement volontaire pour la durée de la guerre. Ce document administratif révèle un détail d'une ironie mordante pour la postérité. Au moment de décliner sa profession, lui qui peignait la vie moderne et le réalisme se fait officiellement enregistrer comme peintre d'histoire. Il revendique ainsi ce titre académique prestigieux au moment précis où il quitte son atelier pour entrer, non pas au musée, mais dans la violence brute de l'Histoire réelle.



L'Impatience et la Prophétie



Incorporé à la troisième division des zouaves, Bazille ne connaît pas immédiatement le feu. Il embarque pour l'Algérie, une période marquée par l'ennui et le dégoût. Il décrit ses compagnons d'armes à ses parents comme « une crapule immonde et crasseuse ». Les mois passent sans l'action espérée. Rongé par l'inaction, il sollicite l'aide du commandant Lejosne à Constantine pour accélérer son transfert en métropole. Son vœu est exaucé fin septembre, mais il piétine encore jusqu'en novembre, se plaignant d'errer « sans motifs » de campement en campement.

La tragédie se noue finalement à la fin du mois de novembre. Promu sous-lieutenant, Bazille se retrouve au cœur du conflit. La veille de sa fin, lors d'un dîner dans une ferme du hameau de Quiers avec son supérieur, le capitaine d'Armagnac, il prononce une phrase qui résonnera terriblement par la suite. Avec une assurance glaçante, il s'écrie : « Pour moi, je suis sûr de n'être pas tué, j'ai trop de choses à faire dans la vie ». Il aurait certainement été l'un des plus grands des impressionnistes.



Le Sacrifice de Beaune-la-Rolande



Le destin le rattrape le lendemain, le 28 novembre, lors de la bataille de Beaune-la-Rolande. Sa compagnie est accueillie par une fusillade nourrie des Prussiens. Dans le chaos général, alors que la panique gagne les civils, Bazille aperçoit des femmes et des enfants fuyant vers des fermes isolées. N'écoutant que son courage, il s'élance à découvert pour les protéger en hurlant : « Surtout, ne tirez pas sur les femmes et les enfants ». C'est alors qu'il est frappé de deux balles, l'une au bras, l'autre au ventre.


Il s'écroule, face contre terre. L'ultime ironie du sort veut que cette mort au front survienne à cinquante mètres à peine d'un château dont Camille Corot avait fait un de ses chefs-d'œuvre. Bazille meurt ainsi littéralement dans un paysage de peinture.




Son père, Gaston Bazille, devra entreprendre un voyage cauchemardesque de cinq jours pour retrouver son fils. Il fouillera les fosses communes enneigées pendant dix jours avant de parvenir à déterrer le corps de Frédéric, préservé par le froid hivernal, pour le ramener lui-même en charrette à Montpellier. Pour Edmond Maître, la perte est absolue : « C'est une moitié de moi qui s'en va », écrira-t-il. Le souvenir du peintre perdurera à travers son portrait peint par Renoir, exposé plus tard sous le titre Frédéric Bazille, peintre tué, et acquis par son père en échange des Femmes au jardin de Monet.



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