1865 : L'Été de tous les Excès pour Courbet à Trouville
- Art d'Histoire
- 22 janv.
- 4 min de lecture
L'été 1865 constitue un moment de bascule dans la carrière de Gustave Courbet. Profitant de la ligne de chemin de fer Paris-Trouville, ouverte depuis seulement deux ans, le maître d'Ornans décide de travailler sur la côte normande. Ce qui ne devait être initialement qu'une brève excursion de trois jours se métamorphose en un séjour de trois mois, durant lequel l'artiste va conjuguer une production artistique frénétique, une vie mondaine plaisante et une réussite commerciale sans précédent.
Un Atelier Princier au Cœur de la Mode
Dès son arrivée, Courbet s'installe avec un certain faste qu'il s'empresse de raconter à ses proches. Il se vante de jouir d'une « position ravissante » : la direction du Casino lui a offert un « appartement superbe » donnant directement sur la mer. C'est dans ce cadre luxueux qu'il improvise un atelier pour réaliser les portraits mondains de Trouville.
Le succès est juteux. Le portrait de la comtesse Karoly de Hongrie déclenche une véritable émeute d'admiration. Courbet affirme qu'il est venu « plus de 400 dames pour le voir » et que les plus belles femmes de la station balnéaire, prises d'émulation, désirent désormais le leur. Il enchaîne alors avec les portraits des jeunes femmes les plus en vue de la haute bourgeoisie.
La demande devient rapidement ingérable. Le peintre confie à ses parents qu'il a reçu « plus de deux mille dames » dans son atelier. Débordé par cette « clientèle énorme » et ne pouvant plus travailler tant les visiteurs affluent, il se voit contraint de refuser du monde, promettant à certaines de réaliser leur portrait l'hiver suivant à Paris.
La Mer, 80 Bains et une Révolution Technique

Entre ces réceptions mondaines, Courbet déploie une énergie physique et artistique stupéfiante. Il écrit à son mécène avoir pris pas moins de « 80 bains de mer » et réalisé 38 tableaux durant son séjour. Cette production inclut 25 « paysages de mer » et des ciels d'automne qu'il qualifie lui-même d'« extraordinaires et libres ».
Ce style trouvé à Trouville, l'encourage à rompre avec les habitudes des « brosseurs de profession ». Sa technique est celle de l'instant : il regarde la nature et pose tranquillement, souvent au couteau à palette, une « pâte solide » qui correspond exactement au ton perçu.
Cette approche directe, où « ce que l'œil perçoit, la main aussitôt le fixe sur la toile », permet une exécution d'une spontanéité totale, sans aucune trace d'hésitation. Ces marines improvisées en quelques heures resteront comme des études saisissantes des aspects fuyants de la mer. C'est à Trouville que la palette du maître s'éclaircit définitivement, abandonnant ses tons charbonneux pour des clartés nouvelles qui exerceront une influence majeure sur le développement futur de l'impressionnisme.
« Il nage dans l'or » : La Flambée des Prix
Ce séjour se solde par une opération financière magistrale qui transforme la cote de l'artiste. La comparaison avec l'année précédente est éloquente : en 1864, Courbet proposait péniblement ses petites marines à son marchand Luquet pour 250, 300 ou 400 francs. À Trouville, la donne change radicalement. Attention, ses grands tableaux étaient déjà très recherchés.
Courbet rapporte avec sa fanfaronnerie habituelle les succès financiers de Trouville. Ses marines, peintes parfois en seulement deux heures, se vendent désormais entre 1 200 et 1 500 francs pièce. L'exposition qu'il organise par la suite chez Luquet et Cadart, au siège de la Société des aquafortistes, confirme cet engouement : ses 25 tableaux, mêlant œuvres anciennes et modernes, y font « le plus grand effet ».
Cette réussite suscite jalousies et commentaires. Dans certains clubs de peintres, on traite Courbet de « charlatan » ou de « mystificateur » face à cette rapidité d'exécution si lucrative. Pourtant, la réussite est bien tangible. Un observateur note avec stupeur : « J'ai vu Courbet hier, il nage dans l'or [...] ses tiroirs sont bourrés de billets de banque ». Alors qu'il n'avait jamais vendu pour plus de 40 000 francs de tableaux dans toute sa vie, le public s'arrache désormais tout ce qu'il produit, et même ses « vieilleries pleines de poussière ». Courbet annonce fièrement à ses parents qu'il compte sur des ventes atteignant 30 à 40 000 francs pour l'année à venir, cumulant les revenus du Salon — où sa Remise de Chevreuil s'est vendue 15 000 francs — et ceux de sa production balnéaire.
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